Bercy 2013 : les qualifications

Une fin de semaine bien remplie ! Voici ce qu’on a vu ou entendu lors des deux tours de qualifications de ce Paris-Bercy 2013 joués ce weekend.

On a vu un duel de fond de court à l’accent espagnol pour commencer notre samedi, entre Giraldo et Gimeno-Traver. Bon, comme ça nous passionnait pas tant que ça et que le colombien était plus régulier (il a gagné sans problèmes : 6/3 6/2), on est parti faire un tour découvrir les coulisses de Bercy, munis de nos accréditations que la FFT nous avait accordées pour ce week-end et lundi.

On a rencontré des personnes travaillant dans l’ombre du tournoi. Un préposé à la sécurité (« ça va, c’est calme le tennis ») et un décorateur qui commençait une fresque sur les murs d’un couloir, avec une pelote de laine et une agrafeuse…

On a vu Pierre-Hugues Herbert être mené un set et break contre Horacio Zeballos (vous savez, celui qui avait battu Nadal en début d’année…et qui n’a pas trop digéré depuis), rater trois balles de second set, puis sauver une balle de match dans le tie-break avec un service-volée amortie sur seconde balle – c’était couillu. D’ailleurs dans ce tie-break on a vu un superbe jet de raquette de Zeballos qui a réussi à la faire rebondir au-dessus de sa tête. Mais l’arbitre n’a pas apprécié l’effort artistique et lui a donné un avertissement…zé ballot. Puis on a vu l’Argentin perdre le tie-break sur des fautes directes, baisser le pied, les bras et faire appel au kiné dans le 3ème set. Pour finir le match plutôt dépité. C’était la première victoire dans un Masters 1000 pour le français de 22 ans, 182ème mondial.

On a découvert Constant Lestienne, 21 ans et 459ème ATP (pas mal quand on sait que c’est sa première vraie saison « pro » et qu’il a démarré la saison 1400ème), invité pour les qualifs. Ses balles cotonneuses, ses slices, sa bonne défense, son jeu atypique. On l’a vu prendre un set à un top 100, Pablo Carreno-Busta, 96 matchs gagnés cette saison (!), mais ça n’a pas suffi : il reste encore quelques secteurs à améliorer, notamment le service. Par contre, le numéro de cirque est au point : j’exagère ma chute dans les bâches pour atterrir au premier rang des spectateurs devant mes potes morts de rire – tout comme l’arbitre de chaise.

On nous a dit que Joao Sousa s’en était pris verbalement au public après que ce dernier ait applaudi une faute directe qu’il avait faite au cours de son match, perdu en 2 sets, contre Victor Hanescu.

Quelques mois après l’avoir interviewé avant son parcours à Wimbledon qui l’a révélé au grand public, on a rencontré « en vrai » Kenny de Schepper après sa victoire serrée contre Guillermo Garcia-Lopez. Du coup, on lui a reposé quelques questions, que vous pouvez lire en bas de cet article.

Pour finir ce premier jour, on a vu le meilleur match de la journée entre Igor Sijsling et Maxime Teixeira. Notre meilleur client du blog a bien résisté un set et demi, mais il n’a rien pu faire contre la solidité et le jeu offensif du batave.

————————————————————Pause pub ——————————————————-

Puis le service presse de la FFT nous a appelé. On y est allé. Et on nous a dit que notre accréditation, c’était terminé. Qu’ils avaient fait une erreur. Parce qu’on avait fait une photo avec un joueur (on avait pourtant répété à la fangirl de l’équipe qu’il fallait se tenir tranquille ! :-p), mais surtout parce que le tournoi ne voulait pas être associé à l’image qu’on renvoyait. C’est-à-dire que déjà, certains tweets ne passaient pas, c’était peut-être rigolo pour Antoine de Caunes mais pas ici.

 

Et puis ce blog…c’était pas sérieux, voyons. C’était bien d’encourager des jeunes blogueurs étudiants comme ce petit jeune au fond de la salle (était-ce toi, Tennis Legend ?), mais on avait dépassé les limites. Alors on leur a dit qu’on comprenait pas trop. Qu’on ne s’était jamais cachés, qu’on avait expliqué notre profil par mail et par courrier au moment de la demande d’accréditation, qu’on était des guignols avec un côté décalé et un côté joueurs de l’ombre. Et que pour la N-ième fois, on était ni journalistes, ni étudiants, ni pigistes. Qu’on disait déjà des saloperies au moment de Roland Garros où on avait aussi eu une accréditation pour la semaine de qualifs. Qu’on pensait avoir déjà réalisé des interviews intéressantes avec des joueurs peu médiatisés, qui étaient contents de parler d’eux et de leur quotidien, et qu’on voulait refaire ça ce weekend. Qu’on acceptait tout à fait la décision, mais qu’on comprenait pas pourquoi notre demande avait été acceptée au préalable à Roland et ici, alors qu’apparemment il y a un jury super sérieux qui étudie en profondeur chaque dossier.

Dommage, c’était sympa le crédit quotidien de 50€ sur le badge pour aller au bar de la presse prendre des double expresso à 4,60€…

Ah oui, tout ça, c’était après avoir entendu dans l’après-midi des journalistes – des vrais – dire qu’ils ne feraient pas de papier sur la journée parce que bon « pfff, c’est le premier tour des qualifs… », ou affirmer que « le tournoi commence que lundi ».

Du coup, on s’est dit que ça changeait absolument rien à ce qu’on écrivait et ce qu’on faisait. Et que finalement, être passé entre les mailles du filet pendant autant de temps, ça avait un côté jouissif.

—————————————————- Fin de la pause pub ——————————————————-

Pas rancuniers, on est revenus le lendemain, malgré une longue soirée pleine de rhums arrangés la veille. On a entendu (oui, pas vu, on s’est levés un peu tard) que « P2H » s’était qualifié pour son premier Masters 1000 en battant Kenny de Schepper, dans un match où le service a pris le dessus sur le reste.

On a eu confirmation du talent de Michal Przysiezny aKa « Polish Federer ». Un joueur élégant, offensif, au revers à une main capable de fulgurances. Malheureusement doté d’un coup droit friable et d’un physique très fragile. D’ailleurs, il a fait appel au kiné plusieurs fois lors de son match du 2ème tour contre Hanescu (il avait battu Marc Gicquel, pas dans un bon jour, au 1er tour). Mais il s’est quand même imposé malgré une gêne évidente dans ses mouvements.

On a été surpris du sérieux de Bernie Tomic, qualifié alors qu’il joue pourtant comme un joueur du dimanche un lendemain de cuite depuis quelques mois. Après avoir sorti Karlovic en deux tie-breaks la veille, il a aligné 8 jeux d’affilée contre Carreno-Busta à partir de 67 44, même si l’Espagnol semblait lui aussi diminué dans le 3ème set.

Pour terminer, on a assisté à une opposition de styles entre Roberto Bautista-Agut et Igor Sijsling. Un limeur évoluant plutôt en contre du fond du court, contre un tennis d’attaquant. Après une première manche perdue au tie-break, les montées au filet du néerlandais ont fini par payer. Tant mieux, parce que les cris et les protestations de l’espagnol commençaient à être légèrement agaçants.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

————————————- Rencontre avec Kenny de Schepper———————————–

Double faute : Raconte-nous ton premier set assez tendu, il [Garcia-Lopez] rate une belle volée sur balle de set pendant le tie break…

Kenny de Schepper : C’est sûr que le tie break s’est joué à rien, mais j’étais devant tout le temps au premier set, c’est moi qui ai eu les occasions, j’aurais pu finir le set à 5/4 aussi. Après c’est vrai que sur cette volée il aurait pu terminer, mais ça s’est pas joué à grand chose et je suis passé, et c’était bien d’avoir un set d’avance.

Tu reviens plutôt bien en fin de saison, tu as fait 1/4 à Stockholm, tu rentres pour la première fois dans le tableau d’un 500 à Bâle, qu’attends-tu de ce Bercy ?

C’est le dernier tournoi de la saison, je fais peut-être Bratislava la semaine prochaine. Comme à chaque tournoi je prends match par match, après c’était ma première victoire en Masters 1000, ça fait plaisir, j’ai un autre match à jouer demain et on va se concentrer là-dessus.

Tu vas jouer Pierre-Hugues Herbert demain, duel de gros serveurs en perspective…

Oui, il sert bien, il a un jeu complet, ça va être une belle opposition de style. C’est un jeune joueur qui monte aussi, ça va être un bon match.

Comment trouves-tu la surface ? De l’indoor un peu lent d’après Andujar, tu es d’accord ?

Je ne trouve pas, c’est assez rapide. C’est moins rapide qu’à Bâle, mais par rapport aux challengers que j’ai faits à Rennes ou Mons, c’est plus rapide ici. Andujar joue plus l’échange, les balles s’usent vite ici, alors ça peut aussi lui paraître plus ralenti.

Revenons sur ta saison : un bon Wimbledon, puis des difficultés, notamment suite au début de ta carrière de cascadeur qui ne s’est pas très bien passée !

(rires) C’était à Gstaad, j’avais perdu la veille et je restais un jour de plus là-bas. Je suis parti en télésiège en haut d’une montagne, j’aurais pu redescendre en télésiège, mais je l’ai fait en VTT, et je suis tombé.

Ton manager [à côté de lui] te laisse faire du VTT?

Joël, le manager : Il n’était surtout pas informé ! Il était avec le coach ! (rires)
KdS : Non mais c’était des beaux paysages, mais c’est pas un très beau souvenir avec la chute.

Cet accident a influé sur la suite de ta saison.

Je n’ai rien eu de cassé, j’ai eu des plaies, j’ai eu la main ouverte donc je ne pouvais plus tenir la raquette, et j’avais le dos ouvert, au niveau des hanches aussi. C’était juste des plaies, mais c’était profond, qui m’ont valu 3 semaines d’arrêt complet. J’ai ensuite fait deux entraînements avant Winston Salem puis l’US Open, mais je n’étais pas prêt du tout. Il y a aussi eu une décompression après Wimbledon, j’étais fatigué, il y a eu cette chute qui m’a fait perdre du temps, après je m’entraîne bien maintenant, je progresse toujours, c’était une petite erreur mais c’est comme ça.

« En 2014 je veux aller encore plus loin »

Ce 1/8ème à Wimbledon et la médiatisation autour ont-ils modifié quelque chose pour toi ?

Les gens me reconnaissent plus, parfois quand je vais au supermarché je signe des autographes, ça ne m’arrivait pas avant… Au lendemain de Wimbledon, j’étais dans le RER, deux personnes sont venues « Mais vous êtes de Schepper, vous avez joué hier? » (rires). Mais au-delà de cela, dans le milieu du tennis, ceux qui jouent me reconnaissent vite. Ça fait plaisir, c’est bon signe !

Maintenant bien installé dans le Top 70/80, quels sont tes objectifs pour 2014 ?

C’est continuer à progresser dans le jeu, je suis encore perfectible, continuer à viser plus haut. Je pense avoir les moyens avec mon physique et ma qualité de jeu de monter au classement. En 2014 je veux aller encore plus loin.

Tu es forcément un adepte des surfaces rapides, que penses-tu du ralentissement général des surfaces ?

Ils veulent voir plus d’échanges, après il ne faudrait pas que ce soit trop lent non plus. Mais un court lent ne me dérange pas tant que ça, j’aime bien aussi, même si c’est plus dur physiquement. Les joueurs retournent beaucoup mieux que dans le passé, alors si les courts sont lents, cela n’aide ni la tête ni les jambes : l’échange devient systématique et on peut moins s’appuyer sur le service. Après il n’y a plus de surface très lentes non plus, même la terre battue peut être rapide. Quand le gazon est un peu humide, il peut être lent aussi, mais ça fuse bien, le rebond est bas. Il est possible que selon les conditions Roland soit plus rapide que Wimbledon. Après je n’ai pas constaté de ralentissement à Wimbledon en une semaine. Si les surfaces en restent là, ça va. J’avais vu une interview de Guy Forget qui parlait d’équilibrer les chances pour tout le monde, que ce soit bien pour la défense et pour l’attaque, je pense qu’il a raison là-dessus.

Cela fait un moment que tu es dans le circuit maintenant, y a-t-il un joueur qui t’a marqué cette saison ? D’ailleurs tu t’es entraîné avec Federer la semaine dernière ?

C’était un beau moment, on a beaucoup discuté, c’était sympa, c’est un mec très ouvert. Bon, j’avais une image de lui…je l’avais beaucoup vu jouer à la télé, il a l’air sympathique comme ça mais…il l’est vraiment. C’est un mec tranquille, qui aime bien la nature. On s’est bien entendus. Il a son palmarès mais c’est aussi une bonne personne. Sinon cette année, il y a Karlovic qui est revenu de sa maladie [une méningite]. Mine de rien, il était au fond du trou, il ne pouvait plus bouger, à l’hôpital, et il est bien revenu. C’est un bon gars aussi.

Tu joues les interclubs avant la fin de saison ?

Oui je ferai les 5 matchs avec Colomiers, puis vacances le 30 novembre pour deux bonnes semaines de coupure, puis retour à Sydney avant l’Open d’Australie. Et pour la première fois, je vais arrêter de voyager en classe éco près des issues de secours pour y aller. L’an dernier j’étais un peu fracassé en arrivant, j’ai eu du mal à récupérer, donc j’avais décidé que ce serait quoiqu’il arrive en business. Avec la saison qui a été pas mal et le 1/8ème à Wimbledon, financièrement, ça passe!

Merci Kenny et Joël d’avoir accepté notre invitation si peu de temps après le match !

Share Button

5 réponses à Bercy 2013 : les qualifications

  1. « Ah oui, tout ça, c’était après avoir entendu dans l’après-midi des journalistes – des vrais – dire qu’ils ne feraient pas de papier sur la journée parce que bon « pfff, c’est le premier tour des qualifs… », ou affirmer que « le tournoi commence que lundi ». »

    Et là, on se rappelle que l’an dernier, l’un des deux finalistes avait commencé à jouer un premier tour de qualifs, deux jours avant que « le tournoi commence »…

    Par hasard, le « crédit quotidien », c’est une somme d’argent pour vous permettre de survivre dans le POPB en achetant sandwich et café hors de prix ?

    • Seul le café était hors de prix 🙂

      Pour les Parisiens, la somme permet de manger et de s’offrir du vin ET du champagne au déjeuner, pour les autres cela permet de manger correctement matin, midi et soir, ce qui ne doit pas toujours être le cas 😉

  2. Merci Doublefaute! excellent, tout comme l’article de Tennislegend, c’est cool d’avoir des envoyés (très – pour votre site) spéciaux pour nous raconter les coulisses d’un gros tournoi comme celui-ci ! Sachez que Kaelin (15lover comme vous savez ^^) vous lit régulièrement !

    Il a l’air vraiment sympa ce K2S sinon.

  3. oooouuuuuhhhhh, a bas la FFT etc vive doublefaute.fr!
    anarchie vaincra 😉

  4. Pingback: Passing Shots - Février 2014 - Double Faute

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *