Fautes de pied – La finale de Julien Benneteau

A quoi pensent les joueurs au cours d’un match ? Nous nous sommes posés la question pour vous. Et nous avons infiltré l’esprit de Julien Benneteau avant, pendant, et après sa finale à Rotterdam ce dimanche.

14h : Je me prépare dans le vestiaire. J’ai bien joué toute la semaine, je suis calme et en pleine confiance. Un seul petit truc me tracasse…je demande à Loïc, mon coach : « Kamke, Hanescu, Federer, Simon, et aujourd’hui Del Potro : il est super long ce tournoi ! T’es sûr que c’est que la 1/2-finale aujourd’hui ? ». Il me répond : « Mais oui, t’inquiète pas surtout. Joue comme ces derniers jours, et tout ira bien. Cette fois-ci, ça va le faire ! ». « Comment ça, cette fois-ci… ? Loïc, où tu vas ? Loïc ? »

14h10 : Je n’arrive pas à remettre la main sur Loïc pour qu’il m’explique ce qu’il a voulu dire. Bon, quoi qu’il en soit, j’espère avoir fini mon match pour 18h. Y a les qualifs du championnat du monde de curling qui commencent avec un petit Azerbaïdjan – Bélarus, ça me blaserait de rater ça.

14h30 : J’entre sur le court central. Le speaker baragouine en hollandais. C’est moi où il présente la finale ? Dure à comprendre cette langue…et bizarre, ils doublent toutes leurs voyelles. Heureusement que je suis pas hollandais d’ailleurs, je me serais appelé Beenneetteeaauu. La galère pour signer des autographes. Remarque, au Japon, ils auraient l’impression que je passe une commande…

My name is Bento, Julien Bento.

14h40 : L’arbitre, le superviseur, Del Potro…qu’est ce qu’ils ont tous à me souhaiter « bonne finale » ? Je me tourne vers Loïc, qui vient d’arriver avec la biographie de Raymond Poulidor dans la main. Il me fait un signe « OK » avec son pouce. Vers le bas. Je suis perplexe.

14h50 : Je fais un super début de match. Je break d’entrée en proposant pas mal de balles basses au grand dadais. Si ça continue, je serai même rentré pour 17h et le test-match Pakistan – Sri Lanka en cricket, cool !

14h55 : Loïc hurle : « Allez Ju, aujourd’hui, c’est la bonne ! ». La bonne, quelle bonne ? La bonne paye ? La bonne mère ? Nafissatou Diallo ? Je commence à cogiter.

15h : Le tableau du tournoi apparaît sur l’écran géant « FINALE : J.M. Del Potro vs J. Benneteau ». Et merde. Je me fais débreaker.

15h05 : J’aperçois le directeur du tournoi, Richard Krajicek, qui dit au graveur de préparer la plaque « 13 : DEL POTRO ».

15h10 : Je suis maintenant malmené, mais j’arrive à sauver des balles de set. 4/5 et c’est à lui de servir.

15h12 : Au changement de côté, Del Potro décroche son téléphone. J’entends des bruits bizarres à l’autre bout du fil…encore ?

15h15 : Jean-Martin a l’air tout émoustillé. Il fait quelques erreurs dignes d’un Donald Young des meilleurs jours, et je débreake !

15h20 : 6/5 pour moi. Pour ne pas oublier, je note sur mon calepin « Enregistrer les championnats de France de pétanque à minuit sur Sport + »

15h25 : Tie-break. Ou cravate brisée, comme ils disent à Montréal. Je commence par un ace, mais soudain une crise de benoipairite me frappe sans prévenir : je fais deux coups droits absolument dégueulasses qui terminent bas du filet. Manquerait plus que je tente des amorties rétro en retour de revers…Enfin ça, ça risque d’être difficile vu que DelPo continue à envoyer du plomb, comme Oscar Pistorius à travers une porte de salle de bains.

15h30 : Je perds le tie-break. J’ai une pensée pour Nicolas Almagro, dont c’est la phrase préférée. Ca se complique, va falloir sortir un exploit, à la Stephen Bradbury.

15h40 : Début du 2nd set. Je suis pris à la gorge, et ça commence à ressembler à une boucherie. On dirait un 3ème set Rafa-Roger à Roland. Je me fais breaker, et ça fait 3/0 pour lui. Y a quoi comme match à 16h sur BeInSport ? Toulouse – Troyes en L1 ? Ok, ça vaut pas le coup de lâcher le match maintenant.

15h50 : Je m’accroche. Mais toujours un break de retard.

16h : Je suis mené 6/7 2/5, 0/40 sur mon service. Ça sent la croquette au fromage (ben oui, ils ont pas de pâté à Rotterdam). Mais le public commence à me soutenir bruyamment ! Maintenant, je ressens ce qu’a vécu Eric Moussambani à la fin de sa course.

16h05 : Je sauve les balles de match et je reviens à 3/5. Del Potro demande le soigneur pour un saignement de nez. Dans la salle, le DJ passe « Sang pour sang » de Johnny.

16h10 : Enième parpaing de DelPo. Il doit avoir des origines portugaises, c’est pas possible autrement. Un dernier ace, et c’est terminé.

16h30 : Discours d’après-match. Je demande à Loïc si Poulidor finit par gagner un Tour de France. Il quitte le stade.

19h : Mon Thalys Rotterdam – Paris a 1h de retard. Je vais rater les championnats d’Europe de tir à l’arc à 22h sur Eurosport 2. La lose…Sur le quai, je rencontre des jeunes un peu louches qui me font signer un autographe au dos d’un billet SNCF. Moi, c’est direction Marseille où j’espère un premier titre…

De toute façon, le trophée était trop galère à ramener.

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Une réponse à Fautes de pied – La finale de Julien Benneteau

  1. haha génial, le monsieur « normal » du tennis ! Merci pr l’article

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