Double Faute Infos : Une cellule de crise mise en place par la FFT

Une cellule de crise mise en place par la FFT après l’ouverture au grand public de la billetterie de Roland Garros

Paris, 14 mars 2014

« Une véritable hécatombe ». Les mots prononcés par le docteur Cordage sont durs, mais rendent bien compte de la détresse psychologique dans laquelle sont plongés des milliers de fans de tennis depuis quelques jours. 72 heures après que la Fédération Française de Tennis (FFT) ait ouvert la billetterie de Roland Garros au grand public – soit 2 mois après l’ouverture aux licenciés – le standard du numéro vert mis en place ne cesse de prendre des appels.

« C’est bien simple, depuis mardi midi, le téléphone n’arrête pas de sonner ! », nous explique Carole, standardiste à la cellule de crise située dans une petite pièce du siège de la FFT, avenue Gordon Bennett, à Paris. « Nous réceptionnons les appels des utilisateurs, et après une première évaluation, nous les orientons vers les psychologues appropriés », poursuit Carole entre deux sonneries.

« Les conséquences mentales de cette « course aux places » ont été sous-évaluées », avoue René Cordage, un des deux psychologues mandatés par la fédération en support des standardistes. « Entre le stress post-traumatique et les tensions sociales, c’est une véritable hécatombe. »

Michel Bobolat est une des victimes de ce qu’on commence à appeler « l’affaire Billetnet ». Jusqu’à mardi, il travaillait pour Ortenga, une petite société parisienne spécialisée dans les grips de raquettes. « Je voulais absolument une place pour mon fils et moi, alors mardi matin, j’ai mis mon réveil à 7h pour être sûr de récupérer 2 billets ». Seulement voilà, tout ne se déroule pas comme prévu. « Il y avait 3 heures d’attente quand je me suis connecté ». Tiraillé entre les attentes de sa progéniture et ses impératifs professionnels, Michel hésite. « Et puis je me suis souvenu des yeux de mon fils quand il m’a parlé des Federer, Nadal, Djokovic qu’il voulait voir « en vrai »… ». Il est 10h11 quand il réussit à valider sa commande. Il arrive ensuite à son bureau à 11h03, en retard mais l’esprit libéré. A un détail près… « J’avais oublié la réunion avec nos partenaires chinois ». Seul sinophone de son équipe, Michel était attendu impatiemment par ses supérieurs pour finaliser les contrats avec ce nouvel eldorado asiatique. « J’ai essayé d’expliquer à mon N+2 cette histoire de billetterie, mais il n’a rien voulu entendre. Il m’a demandé pourquoi je n’avais pas pris de places en loges pour les 1/2-finales pour inviter des clients, puis m’a mis à pied pour faute grave ». Un coup dur pour Michel, qui a longuement expliqué son histoire aux psychologues de la cellule. « Parler m’a fait du bien, j’ai senti une vraie écoute au bout du fil ».

Une victime du "Billetgate" (photo : francoischarron.com)

Une des nombreuses victimes de « l’affaire Billetnet » (photo : francoischarron.com)

Cette histoire n’en est qu’une parmi tant d’autres. Partout en France, les dégâts sont nombreux.

Prenez Jean-Paul Salzenger, par exemple. « J’avais promis à ma femme une place pour nos dix ans de mariage ». Modeste salarié de la fonction publique à Clermont-Ferrand, Jean-Paul se connecte à la billetterie mardi matin depuis son lieu de travail (« Une pratique classique chez les fonctionnaires », confesse-t-il). Il constate rapidement que toutes les places à « petit budget » sont parties. « Mais une promesse est une promesse alors… » Aux grands maux les grands remèdes : Jean-Paul appelle son banquier et négocie un prêt sur 5 ans pour 2 places sur le Central Philippe Chatrier en deuxième semaine. « J’ai caché ça à mon épouse. Déjà qu’on n’a pas fini de rembourser la Xantia… ». A la cellule de crise, il explique avoir « trouvé des oreilles attentives » qui vont l’aider à « surmonter cette épreuve ».

Parmi la longue liste de témoignages recueillis par la cellule, « le craquage de la touche F5 revient assez souvent », explique Zoé Wolsin, la deuxième psychologue de la cellule. « Le site internet préconisait de ne surtout pas actualiser la page, mais au bout de plusieurs heures d’attente, beaucoup d’utilisateurs ont fini par appuyer sur la touche F5 de leur clavier. Une question d’habitude sûrement. Du coup, leur position dans la file d’attente reculait de plusieurs centaines de places…pire, certains ont perdu la connexion avec le site ». Les conséquences ? Des dizaines d’appels au SAMU pour des cas de défenestration ainsi que des traumatismes crâniens dus à un contact trop rapproché avec le mur du salon. Et pour la cellule de crise, un nombre impressionnant d’ « hurlements insensés » d’ex-futurs-spectateurs excédés. Sous la pression des syndicats, une affiche a d’ailleurs été ajoutée dans le bureau pour expliquer comment baisser le son du kit mains libres.

Dépression, isolement social, engorgement financier : cette édition de Roland Garros 2014 ne démarre pas sous les meilleurs auspices pour la FFT. En haut lieu, on assure qu’on garde un œil sur ces victimes collatérales de « l’affaire Billetnet ». Le numéro vert de la cellule de crise restera ainsi ouvert jusqu’à la fin du mois de mars. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

La rédaction de Double Faute Infos

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Une réponse à Double Faute Infos : Une cellule de crise mise en place par la FFT

  1. ENNNNOOORME !

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