Une finale de Futures : Toulouse

Après notre découverte des Futures en Belgique et notre expérience yvelinoise, il était temps pour Double Faute de mettre le cap au Sud et de retourner dans la mère patrie des auteurs de ce blog.

Le tournoi se situe un peu à la sortie de Toulouse, sur les courts de la Ligue Midi-Pyrénées, à Balma. Le complexe comporte plusieurs terrains extérieurs, mais pour sa première édition, la surface choisie est l’indoor. Un petit regret vu la superbe semaine ensoleillée.

Bel hommage rendu aux meilleurs joueurs toulousains de l'histoire

Bel hommage rendu aux meilleurs joueurs toulousains de l’histoire

Une différence avec les Futures précédemment visités : pour les non-licenciés, l’entrée est de 5€. Un prix modeste certes, mais surprenant, dans la mesure où les sponsors de la Ligue Midi-Pyrénées ont été sollicités pour l’occasion : a priori donc, aucun problème de financement ou de budget au vu des partenaires habituels de la Ligue. C’est une question (parmi d’autres) qu’on aurait bien aimé poser à M. Doumayrou, président de la Ligue Midi-Pyrénées et vice-président de la FFT, mais notre demande d’interview est restée sans réponse… Dommage, car nous aurions bien voulu connaitre les rouages de l’organisation d’un tel évènement (difficultés, cahier des charges, arbitrage, ambition à long terme…), et les présenter aux milliers centaines 27 lecteurs mensuels de Double Faute.

A l’intérieur, une affiche de l’ITF attire notre attention. Rédigée en anglais et en  français, elle met en garde les joueurs contre la multiplication des pages Facebook non-officielles à des fins malveillantes.

Matchs truqués ? Trafic d'organes ? Complot de la secte des adorateurs de Gilles Simon ? Ne manquez pas notre prochain article co-écrit avec Bernard de la Villardière.

Matchs truqués ? Trafic d’organes ? Complot de la secte des adorateurs de Gilles Simon ? Ne manquez pas notre prochain article co-écrit avec Bernard de la Villardière.

Arrivés un peu en avance, on constate que la tribune principale (environ 150 personnes) est déjà bien garnie. Ce qui était plutôt attendu, vu que le public avait déjà répondu présent pendant les qualifs (!). Les ramasseurs et les juges de lignes (pas forcément présents pour des tournois de ce niveau) font leur entrée, puis c’est au tour de l’arbitre de chaise et des joueurs : la finale peut commencer.

Elle oppose Rudy Coco, 590ème mondial (il a été 382ème en 2011), à Tristan Lamasine, 20 ans et 543ème ATP (son meilleur classement). Coco est plus expérimenté : à 30 ans, il écume le circuit secondaire depuis 8 saisons déjà, avec 2 titres en Futures à la clé. Lamasine, lui, n’est pro que depuis 2012. Demi-finaliste junior à Roland en 2011, il s’entraîne au CNE de Roland Garros et a été plusieurs fois partenaire d’entrainement pour Tsonga et Federer l’an passé.

Pour parvenir en finale, Coco, solide gaillard (1m95 – 103kgs) aux épaules et au look de basketteur, a notamment écarté la tête de série n°1 du tournoi, le belge Maxime Authom, en 1/2. De son côté, le longiligne Lamasine a bien profité de son bas de tableau ouvert : il n’a eu aucune tête de série à affronter avant le match du dimanche.

Tristan sans Yseult

Tristan sans Yseult

Assez vite, on se rend compte que le service de gaucher de Coco va être un problème dur à résoudre pour Lamasine. Frappé avec très peu de préparation, il offre beaucoup de points gratuits au joueur d’Eaubonne, qui alterne bien entre des mines à plat (on apprendra qu’il a été « chronométré » à 220 km/h dans la semaine) et des slices extérieurs que Lamasine ne parvient pas à retourner correctement.

Après 4 jeux équilibrés, Coco breake sur sa première opportunité. Outre le service, son coup droit fait également des dégâts, et il empoche la première manche 6/2 sur un service-volée. Au tout début de la seconde manche, l’arbitre est obligé d’intervenir pour cause de bambin trop bruyant dans les tribunes : « Est-ce que vous pouvez faire asseoir le petit ? ». Mais que fait Mika Llodra ?

Le scénario de ce deuxième set est identique au premier : malgré quelques belles défenses de Lamasine, Coco breake rapidement et sauve les rares balles de break à défendre par un ace ou un coup droit gagnant. Plus puissant, il s’impose logiquement 6/2 6/4 malgré deux grosses erreurs de coup droit sur deux balles de match. C’est son premier titre en Futures depuis sa victoire sur Olivetti à Forbach en 2011. Lamasine échoue lui pour la 4ème fois en finale de Futures.

Un succès renversant (...)

Un succès renversant (…)

Le discours d’après-match des deux finalistes est bon enfant, Lamasine reconnait d’entrée que Coco « méritait de gagner » et remercie le public (« Beaucoup de monde tous les jours, ça fait vraiment plaisir »). Coco précise qu’il n’est « pas très fort en discours » et rassure son adversaire aux statistiques bennetesques (« Tu vas en gagner des tournois »). Il conclut par la phrase du jour : « Merci à la restauration, j’ai dû prendre 2/3 kgs dans la semaine ». L’histoire ne dit pas s’il parlait du Courtepaille situé juste à côté du tournoi.

Get busy

T’as le look, Rudy

Après les photos officielles, les deux joueurs, bien qu’un peu pressés, répondent à nos questions :

Honneur au finaliste, Tristan Lamasine :

Est-ce que tu peux revenir sur ta semaine et sur la finale, qu’est-ce qui a fait la différence ?

C’est simplement que Rudy a été meilleur que moi, aujourd’hui il y avait une classe d’écart entre nous deux. Il mérite complètement de gagner cette finale, j’avais eu l’occasion de le voir jouer les jours précédents et notamment en demie contre Authom où il a été vraiment impressionnant. Aujourd’hui ça a été pareil donc franchement bravo à lui, même si évidemment je peux mieux faire, il m’a posé trop de problèmes que je n’ai pas réussi à résoudre.

Tu es quand même content de ta semaine ?

Oui, c’est une bonne semaine, après j’ai toujours le regret d’avoir perdu en finale, mais c’est une semaine positive, je joue bien ces dernières semaines et il faut que cela continue.

C’est ta quatrième finale perdue, que te manque-t-il à ce niveau pour remporter un premier titre ?

Je pense pas grand chose, il faut que j’arrive à certains moments clés comme au premier set d’être un peu meilleur, sur mes finales les premiers sets sont partis un peu vite… déjà dans un premier temps ça, ensuite je sais que j’ai le niveau, ce sont des gars que j’ai déjà eu l’occasion de jouer et de battre donc je ne me fais pas de souci, il faut que je continue à persévérer, travailler et encore travailler pour progresser. Ces finales je les gagnerai.

« C’est bien d’avoir des personnes qui croient en moi »

Quels sont tes objectifs pour la saison ?

Rester en bonne santé et continuer, j’ai eu pas mal de galères ces deux dernières années avec mon poignet, j’espère que c’est derrière moi. Tant que je suis en bonne santé, je sais que si je travaille bien, et que je reste sérieux, les résultats viendront.

Tu as été sparring partner de Federer ou Tsonga à Bercy ou Roland, Arnaud di Pasquale a dit de toi que tu ne seras pas un « bon joueur » mais un « très bon joueur », est-ce que cela te rajoute de la pression et as-tu des objectifs fixés sur le long terme ?

Non, cela ne met pas de pression, au contraire ça encourage que des personnes pensent ça à la DTN, à l’époque il était responsable du haut niveau, c’est bien d’avoir ces personnes là qui croient en moi. S’il pense que j’ai du potentiel, j’espère qu’il a raison. Personnellement, c’est plus continuer, évidemment que mon rêve serait de jouer des Grand Chelem et d’en gagner, de rentrer dans les 100 dans un premier temps puis le Top 50. Mais je prends les choses étape par étape, mon prochain objectif est le Futures de Poitiers la semaine prochaine, je ne vois pas plus loin pour l’instant !

 

Place maintenant au vainqueur, Rudy Coco :

Bravo pour ta semaine et ta finale, premier titre depuis 2011, forcément content ?

Oui content et très soulagé aussi parce que depuis 2011… c’était en septembre et en janvier je me blesse aux ischios, et encore en mai de la même année, ischios droits puis gauches, donc je n’ai pas joué pendant presque huit mois le temps de se remettre… donc c’est vraiment depuis août 2013 que je retrouve vraiment des bonnes sensations. Je suis vraiment content de m’en être sorti, d’avoir été jusqu’au bout, ce n’est pas évident d’aller chercher un titre, il faut gagner cinq matchs, c’est long, c’est dur, c’est compliqué, chaque jour est différent donc oui, très soulagé et très content.

Est-ce que le bras a un peu tremblé sur les deux balles de matchs sur ton service à la fin ?

A vrai dire…je peux pas dire que je n’ai pas tremblé, je me suis un peu retenu mais ça m’a rappelé un souvenir de 2011 où j’avais eu 9 ou 12 balles de matchs et perdu… [c'était au Futures de Bakio en Espagne, perdu 76 67(17 !) 26]

Le plan de jeu aujourd’hui ? Tu as beaucoup joué son revers…

Oui, j’ai pilonné son revers, mais aussi l’agresser sur son coup droit, il faisait moins de choses avec, il m’a quand même fait beaucoup de passings avec son revers qui était efficace avec une bonne longueur sur la diagonale. J’ai essayé d’être agressif, pas trop pour ne pas donner trop de points, parce qu’il attendait la faute comme j’ai un jeu à risques, et sur certains joueurs ça ne paye pas toujours… J’ai essayé de rester concentré jusqu’au dernier point.

Revenons sur ta semaine, notamment cette victoire sur Authom en 1/2…

Ouais, je reviens de loin ! Je sauve deux balles de set contre Max qui a été ATP 170, qui joue vraiment bien. J’ai fait une bonne partie, j’en suis vraiment satisfait, ça faisait quatre fois de suite que je perdais contre lui. Content d’avoir gagné contre Max et d’avoir confirmé aujourd’hui. Je suis très satisfait de ma semaine.

Un bon début de saison 2014, tu prends un set à Marc Gicquel à Montpellier, tu sors des qualifs de Quimper, tu bats Schoorel qui est dans le Top 200, tu n’es pas loin contre Copil qui est un bon joueur indoor, c’est l’approche des trente ans ? En plus c’était l’un de tes tous premiers Challengers…

Peut-être ! (rires) C’était le troisième challenger je crois. J’ai pas eu la chance d’en faire beaucoup car avant de me blesser j’étais dans une phase où je n’avais pas du tout de points à défendre, je suis allé en Futures pour pouvoir aller prendre un peu plus de points mais malheureusement je ne jouais pas bien ou je n’allais pas jusqu’au bout, puis les blessures sont arrivées. Les années sont passées, mais je continue de tenter. Là je vais normalement en Guadeloupe [d'où il est originaire] pour le Challenger dans deux/trois semaines, on verra bien.

Voir que tu accroches des joueurs bien classés, ça laisse un bon espoir pour la suite.

Ouais, je ne me pose pas de question, je me fais plaisir, je me dis peut-être pas que c’est ma dernière année, mais je joue et on verra bien ce qu’il se passe.

« J’ai un coach mais il ne me voit pas »

Quelques petites questions sur ta carrière : on sait que ce n’est pas forcément évident au niveau financier pour les joueurs de challengers/futures, comment tu gères cela ? Des aides extérieures ?

Non non, j’ai zéro aide, il n’y a que les matchs par équipes avec mon club d’Eaubonne dans le Val d’Oise et c’est tout, je fais aussi des petits tournois français pour essayer de m’aider financièrement, mais c’est dur. C’est aussi pour cela que je n’ai pas eu l’opportunité d’enchaîner tout le temps des tournois, de faire des Challengers à droite à gauche parce que ça coûte énormément d’argent donc je bricole un peu par-ci par-là et forcément on perd du temps et on n’avance pas de la même façon. J’ai un coach mais il ne me voit pas, il ne me voit que pour les matchs par équipes donc pareil, pas de structure, ce n’est pas évident. Je trouve déjà pas mal d’être tout seul sur un terrain et à réussir à m’en sortir, à gagner des matchs de qualité en étant tout seul. Faut continuer, essayer de faire mieux et on verra.

Tu as pas mal bourlingué, tu as été au Gabon, en Turquie, République Dominicaine…quelques anecdotes de voyage ?

En République Dominicaine, je fais 10h de vol et j’arrive je n’ai pas mon sac pendant trois jours, rien. Je demande au juge-arbitre de me faire jouer au dernier moment, j’avais pas de raquette. Après dix heures de vol, tenir trois jours sans affaires c’est dur ! Je suis parti acheter du linge, et j’ai joué mercredi alors que j’étais arrivé samedi, j’ai reçu mes affaires le mardi soir et j’ai joué avec la raquette d’un mec qui jouait avec la même et qui me l’avait prêtée, ce n’était pas évident. Ça m’a pas aidé, j’ai fait premier tour et premier tour (rires).

Tu as un style de jeu assez atypique, notamment au service avec cette préparation…

Quand j’étais plus petit je passais par le bas en faisant une boucle mais au bout d’un moment j’ai trouvé plus de puissance en partant par le haut…Je me rappelle que mon idole était Marcelo Rios, alors j’ai gardé ce truc-là, ça marche bien et ça ne me dérange pas.

Dans le circuit actuel tu as des joueurs que tu aimes bien ?

Federer est quand même un joueur que j’aime vraiment bien quand il est en pleine forme. J’aime vraiment bien regarder son jeu…Après de toute façon quand on est en dessous, nous, on admire tous les autres joueurs, peu importe le nom mais pour ma part Federer reste le top.

Tu es un gros serveur, à ce niveau-là en particulier tu as des favoris, à qui tu piquerais bien le geste ?

Non, j’ai ma propre technique, mon propre geste, ça me va comme cela !

Quelques questions pour finir un peu à la con, si je te dis terre battue, ça te fait penser à quoi ? Tu joues très peu de matchs sur cette surface ? [13 en carrière contre 400 en indoor ou sur hard]

Roland Garros, Monte Carlo. Ce n’est pas une surface qui est dans mes priorités de programmation.

Si je te dis Skyblog ? Je suis tombé sur un vieux site de 2006…

(Un temps d’hésitation) Oui c’était pour trouver des sponsors ça. Mais ça n’a pas fonctionné. (Etonné) Vous êtes curieux vous dis donc !

Ben ouais on prépare ! (rires) Niveau sosies, tu préfères Sean Paul ou Ronny Turiaf ?

Sean Paul non…Peut-être Ronny Turiaf un peu plus. Peut-être le footballeur Jimmy Briand aussi on me le dit souvent.

Pour finir on cherchait des jeux de mots idiots pour le titre, préfères-tu « Lamasine secoué par Coco », « Coco c’est pas de la noix », « Coco-rico » ?

(Dubitatif) Franchement je m’en fiche, ça ne me dérange pas, j’en entends depuis tout petit, ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre !

Merci à Tristan et Rudy pour leur patience (surtout Rudy malgré les questions bidons de la fin :D), et bonne chance à eux pour la suite !

Vous pouvez aussi retrouver l’interview de Teri Groll, 1/4 de finaliste, par ici.

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3 réponses à Une finale de Futures : Toulouse

  1. Excellente article! Mais ce que je préfère c’est les photos, du travail de pro :p

  2. excellent ! j’adore toujours autant ! ah ça c’est le tennis que j’aime nom d’une pipe

  3. bravo COCO
    marc lefebvre/CSM-EAUBONNE

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