Interview – Benjamin Balleret

A Monaco, il y a des princes et princesses, des belles voitures, un circuit de F1 et des chocolats Ferrero en haut d’une colline… mais pas que. Il y a aussi des joueurs de tennis professionnels, tellement qu’il y a même une équipe de Coupe Davis. Si, si, je vous assure. Double Faute a interrogé Benjamin Balleret, 413ème mondial (il a été 204ème), qui avait atteint le 3ème tour du Masters Series de Monte-Carlo en 2006. Le monégasque nous dit tout sur sa vie sur le circuit (mais non pas de Monaco!), les martiens, les plages d’Iran et Roger Federer… mais pas que.

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Double Faute : Salut Benjamin. Déjà, comment vas-tu ? Tu étais en pleine tournée asiatique de challengers et tu as abandonné au bout de 2 jeux contre Josselin Ouanna en 1/4 à Wuhan… Dommage d’ailleurs, t’avais l’air en forme avec une victoire en 2 sets contre Tsang-Hua Yang (175ème mondial) au tour précédent. Qu’est ce qu’il s’est passé ?

Benjamin Balleret : Oui, j’étais en tournée en Chine, j’étais parti pour faire 3 semaines là-bas suivi de 2 Challengers en Ouzbékistan, mais je me suis blessé au poignet face au taïwanais Yang au 2ème tour à Wuhan…j’ai gagné le match malgré la douleur, mais impossible de jouer le lendemain en 1/4 face à Ouanna malheureusement. Donc retour à la maison pour faire des examens, résultat 2 semaines d’arrêt minimum…j’en profite pour voir un peu ma famille et me reposer.

Peux-tu nous décrire l’atmosphère de ces tournois en Chine ? D’Europe, on a très peu d’informations et d’images…y a du public, de l’ambiance ? Les conditions sont difficiles avec la chaleur et l’humidité je crois…

B.B. : Sur des tournées comme celle-là, l’ambiance entre joueurs est souvent très sympa car ce sont les mêmes joueurs inscrits sur les 3 semaines donc on a le temps de faire connaissance avec certains joueurs asiatiques par exemple. Et de les apprécier (ou pas…).
Pour l’ambiance cela dépend vraiment de la ville et des installations. J’ai envie de dire que plus la ville dans laquelle on joue est grande, moins il y a de public, car moins d’information et de pub. A Wuhan le central de 2000 places sonnait très très creux…La fournaise de 37 degrés n’aidant pas.

Tu es sur le circuit depuis maintenant 10 ans, avec comme points d’orgue 6 Futures remportés, 1 finale en challenger et un 3ème tour au Masters Series de Monaco en 2006 où tu perds contre Federer…hormis le Suisse, quel(s) joueur(s) t’a (ont) le plus impressionné(s) ?

B.B. : Je commence à avoir un peu de bouteille oui… 🙂 Je voyage depuis l’âge de 16 ans puisqu’à cet âge-là je jouais déjà les tournois juniors, et j’ai eu la chance de jouer de grands joueurs comme Federer, Blake, Grosjean, Bjorkman (un gentleman), Simon (pas impressionnant mais terriblement efficace et intelligent), Gaudio (un vrai con sur un court, irrespectueux), Acasuso… entre autres. Dernièrement j’ai affronté Evgueny Korolev au dernier tour des qualifs du tournoi de Bastad en Suède, et je me suis senti impuissant comme rarement je l’ai été. Il a frappé des coups gagnants de toutes ses forces tout le match et je me suis senti vraiment ridicule. Federer est le joueur le plus fort que j’ai pu jouer, mais certains joueurs SUR UN MATCH peuvent vraiment être impressionnants.

« A part pour certains martiens comme Nadal, Federer ou Djokovic, un joueur de tennis perd quasiment chaque semaine »

Raconte-nous un peu le quotidien sur le circuit secondaire. Pas mal de gens s’imaginent que c’est la belle vie pour tous les tennismen, alors que c’est pas forcément évident de « survivre » financièrement au-delà de la 100ème place mondiale…Comment on fait justement pour garder cette motivation à écumer les tournois secondaires pendant tant d’années – quand on voit par exemple un Marc Gicquel qui sera aux qualifs de l’US Open à 35 ans ?

B.B. : Bien sûr le match contre Federer sur le central de Monte-Carlo en 1/8ème de finale devant ma famille et mes amis reste le meilleur souvenir de ma carrière. J’avais vraiment réussi à vivre l’instant à fond et à en profiter pleinement…C’est malheureusement des moments trop rares et brefs que l’on aimerait vivre plus souvent, car le quotidien des tournois d’un joueur comme moi qui végète un peu dans le ventre mou du classement est différent. Attention, je ne me plains pas car nous vivons de notre passion et avons une chance incroyable de découvrir des gens, des pays, des façons de vivre complètement différentes. Mais à part pour certains martiens comme Nadal, Federer ou Djokovic, un joueur de tennis perd quasiment chaque semaine ! (j’ai gagné 6 tournois sur le circuit dans ma carrière de 10 ans, pour une moyenne de 30 tournois par an…Faites le calcul !) et cette stat est bonne pour 90% des joueurs pro. Il faut donc se remettre en question chaque semaine pour essayer de revivre des semaines de rêve comme j’ai pu vivre a Monte-Carlo en 2006. Voilà pourquoi aujourd’hui, à 29ans, je continue à jouer et espérer percer au plus haut niveau. Mais je ne compte même plus les moments où j’ai eu envie de tout plaquer et mettre les raquettes à la poubelle !!!!

Tu as des sponsors, une aide de la fédé monégasque… ?

B.B. : J’ai la chance d’avoir des parents formidables qui connaissent très bien le tennis (mon père a été n° 21 français) et qui m’ont aidé financièrement lorsque j’étais plus jeune. Maintenant la fédération monégasque de tennis me supporte tennistiquement et financièrement. J’ai la chance de disputer la Coupe Davis avec une bande de potes (même si l’entente avec Thomas Oger est parfois difficile) et de m’entrainer dans des conditions fabuleuses au Monte-Carlo Country Club. Il faut d’ailleurs garder ses objectifs en tête car la vue sur la mer et les voiliers peut vous faire tourner la tête…!!

« J’ai pris mon premier point ATP en Jamaïque »

C’est quoi l’endroit le plus sympa que t’aies visité via un tournoi ? Et à l’opposé, le pire endroit ? Une anecdote sur un tournoi disputé au fin fond de l’Europe ou d’ailleurs ?

B.B. : J’ai joué dans des pays improbables comme le Nigeria, l’Iran, le Sénégal, la Cote d’Ivoire, l’Inde ou le Sri Lanka mais malgré des moments difficiles sur place, aujourd’hui je suis heureux d’avoir pu faire ces « expériences ». J’ai vu un mec se faire tirer dessus dans la rue au Brésil. Je me suis fait racketter au Nigeria. J’ai conduit un tuk-tuk en Inde. Je me suis baigné sur une plage magnifique en Iran. J’ai pris mon premier point ATP en Jamaïque. J’ai joué dans un stade plein à craquer à Mexico. J’ai adoré l’Uruguay, l’Australie, la Floride, la Californie et la ville de Medellín en Colombie.

Au début de l’année, tu étais coaché par Didier Lanne je crois…maintenant, c’est Thomas Oger qui s’occupe un peu de ton entraînement c’est ça ?

B.B. : Oui en début d’année j’étais coaché par Didier Lanne. A suivi quelques mois où je suis resté sans entraîneur mais maintenant j’ai intégré le groupe que la fédération a mis en place sous la houlette de Guillaume Couillard. Et effectivement Thomas Oger me suit le plus souvent possible sur les tournois pour m’apporter ses précieux conseils.

Quels sont tes objectifs pour la fin d’année et l’année prochaine ? Combien de temps tu te vois encore jouer ?

B.B. : J’aimerais pouvoir finir l’année dans les 250 atp pour pouvoir disputer les qualifs de l’Open d’Australie. Car je veux me qualifier et disputer un tableau en Grand Chelem avant la fin de ma carrière. Je jouerai tant que mon physique me le permettra et que la passion sera là. Et tant que j’aurai ma place pour aider l’équipe de Monaco en Coupe Davis.

« Pouvoir représenter son pays en équipe est une chance unique pour moi »

Parlons justement un peu du tennis monégasque…tu joues la Coupe Davis depuis pas mal d’années maintenant, avec Jean-René Lisnard, Thomas Oger et Guillaume Couillard…c’est quoi ton meilleur souvenir ?

B.B. : La Coupe Davis c’est fabuleux…pouvoir représenter son pays en équipe est une chance unique pour moi. Si les victoires sont encore plus fortes qu’en individuel, les défaites font encore plus mal. J’ai notamment perdu un match décisif pour la montée en Groupe 1 contre l’Afrique du Sud qui est mon pire souvenir en tant que joueur de tennis. Mais nous vivons aussi des moments en équipe fabuleux. Avec notre capitaine multi-casquettes Ivan Boggetti nous formons un excellent groupe de joueurs expérimentés. Nous nous bonifions avec l’âge comme du bon vin !! Et les anecdotes ne manquent pas…Je peux simplement vous dire que Jean-René Lisnard aime beaucoup les Chocapic et que Thomas Oger est un piètre joueur de cartes. Enfin à 36 ans notre guide Guillaume Couillard nous apporte toute sa positivité et sa jovialité quotidienne.

Parmi l’équipe actuelle de Coupe Davis, vous avez tous 28 ans ou +…comment se porte la relève, est-ce qu’il y a des joueurs à suivre en particulier chez les jeunes monégasques ?

B.B. : Je citerais Luca Catarina un jeune monégasque de 16 ans très prometteur, qui a déjà gagné à -4 et mon petit frère de 13 ans Valentin aimerait prendre le relais dans quelques années… 🙂

Dernière question :tu es fan de foot je crois, et de l’AS Monaco entre autres… il paraît que tu t’es mis au Russe récemment ?

B.B. : Et oui je suis un grand Fan de l’AS Monaco et de foot en général. Dès que je suis sur Monaco je vais voir les matchs au Stade, j’ai même donné le coup d’envoi d’un Monaco-Lyon en 2006 !! J’espère revivre de belles soirées de Ligue des Champions rapidement, mais en tout cas dans les bons moments comme dans les difficiles, j’ai toujours mon maillot rouge et blanc dans mon sac !!!

Merci Benjamin pour cette interview passionnante, et bonne chance pour ta fin de saison !!

La finale de Benjamin remportée l’an passée à Pensacola :

[English version]

Double Faute : Hi Benjamin. First, how are you ? You were playing in the Asian challenger tourney, but you had to retire in Wuhan after two games against Josselin Ouanna… a pity by the way, you looked good with a win over Tsang-Hua Yang (ranked #175 ATP) in the previous round. What happened ?

Benjamin Balleret : Yes, I was in China for a 3-week trip followed by two tournaments in Uzbekistan, but I had a wrist injury during the match against Yanh in Wuhan…I won the match despite the injury, but infortunately impossible to play the day after against Ouanna. So back home to pass some medical exams, and as a result two weeks of rest…I take this opportunity to see my family and chill.

Can you describe the atmosphere of these Chinese tournaments ? From Europe, we have very few news and coverage…there is some attendance ? Conditions also look tough, with heat and humidity I guess…

B.B. : During tourneys like these, the atmosphere is cool very often because it’s the same players registered on the 3 weeks so we have time to meet some asian players for example. And to appraise them (or not…).

For the ambiance, it really depends on the city and the setups. I want to say that bigger is the town, fewer is the attendance, because less news and coverage. In Wuhan the 2000-seats stadium looked very very empty…and the 37°C-furnace didn’t help.

You’ve been playing on the tour since 10 years now, with 6 Futures tournaments won, 1 challenger final and a third-round in the Monte-Carlo Masters Series against Federer…besides the Swiss, who are the players that impressed you most ?

B.B. : Yeah, I’m getting older… 🙂 I’ve been travelling since I was 16 because I was already playing junior tournaments, and I had the chance to play great players like Federer, Blake, Grosjean, Bjorkman (a gentleman), Simon (not impressive but deadly clever and effective), Gaudio (what a prick on the court, disrespectful)…lately I played against Evgeny Korolev in the last round of Bastad qualies, and I felt powerless like I have rarely been. He hit winners so hardly during all the match that I felt really ridiculous. Federer is the best player I ever played, but some players on a match can really be impressive.

« Except for some martian like Nadal, Federer or Djokovic, a tennis player loses almost each week »

Can you tell us about life on challenger tour ? Many people think that life is easy for all tennismen, while it’s difficult to « survive » financially over the top-100…How do you do to keep the motivation and travel on minor tournaments during so many years – like for example Marc Gicquel who is going to play US Open qualies at 35 years old ?

B.B. : Of course the match against Federer on the Monte-Carlo center court in front of my family and friends remain the best moment of my career. I really managed to enjoy the moment…Unfortunately it’s too rare moments that I would like to live more often, because the daily routine of players mid-ranked like me is different. I’m not complaining at all, because we make a living from our sport and we have the incredible chance to see people, countries, ways of life totally different. But except for some martian like Nadal, Federer or Djokovic, a tennis player lose almost every week ! So far I won 6 tournaments in my 10-year career, for 30 tournaments played each year…do the match !! – and this statistic applies to 90% of pro players. You have to question yourself every week to try to relive dream weeks like the one in Monte-Carlo 2006. That’s why I’m still playing at 29 years old. But I don’t count anymore the periods where I was willing to chuck everything and to throw the rackets in the trash !!

Do you have any sponsors, or a financial help from the monegasque federation ?

B.B. : I am fortunate to have great parents who know very well tennis (my father is a former french number 21) and who helped me when I was younger. Now the monegasque federation is helping me, both tennistically and financially. I am fortunate to play Davis Cup with my buddies (even if relationship with Thomas Oger is sometimes difficult) and to train in fabulous conditions in the Monte-Carlo Country Club. By the way you have to keep your objectives in mind because sea sight can infatuate you… !!

« I won my first ATP point in Jamaica »

What’s the best place you have ever visited in a tournament ? And opposite, the worst place ? Do you have any weird stories that happened during a tournament ?

B.B. : I played in unlikely countries like Nigeria, Iran, Senegal, Ivory Coast, India or Sri Lanka, but despite difficult moments there, today I’m happy to have been able to make these « experiences ». I saw a guy shot in the street in Brasil. I’ve been racketed in Nigeria. I drove a tuk-tuk in India. I swam in a wonderful beach in Iran. I won my first ATP point in Jamaica. I played in a full-packed stadium in Mexico. I really enjoyed Uruguay, Australia, Florida, California, and Medellín in Colombia.

At the beginning of the year, you were coached by Didier Lanne…now it’s Thomas Oger who is working with you ?

B.B. : Yes, at the beginning of the year I was coached by Didier Lanne. Then I stayed without a coach but now I’m in the group of the monegasque federation led by Guillaume Couillard. And yes, Thomas Oger is following me as often as possible during tournaments to give me his precious advices.

What are your goals for the end of the year and for the next season ? How long do you want to play yet ?

B.B. : I would like to finish the year in the top-250 to play Australian Open qualies. Because I want to play in the main draw of a Grand Slam before the end of my career.  I will play as long as my body will stand and my passion will be here. And as long as I have the level to help Monaco in Davis Cup.

« To be able to represent his country is a unique chance for me »

Yes, now let’s talk bout monegasque tennis…you’re playing Davis Cup since many years now, with Jean-René Lisnard, Thomas Oger et Guillaume Couillard…what is your best memory ?

B.B. : Davis Cup is so great…to be able to represent his country is a unique chance for me. If victories are stronger than for a single match, defeats hurt even more. I have especially lost a decisive match for the Group 1 accession against South Africa, which is my worst memory as a tennis player. But we are also living fabulous team moments. With our multipurpose captain Ivan Boggetti we are a great team of experienced players. We are improving year after year like good wine ! And there are a lot of stories…I can only tell you that Jean-René Lisnard likes eating Chocapic a lot and that Thomas Oger is a bad card player. Finally our 36-year old guide Guillaume Couillard brings us all his positivity and daily joviality.

Among the current Davis Cup team, you are all 28-year old or more…how are the youngsters, are there some young monegasque prospects to follow ?

B.B. : I would say that Luca Catarnia, who is 16-year old, is very promising. Also my little brother Valentin would like to take the relay in some years… 🙂

Last question : you’re a soccer fan, especially of AS Monaco…did you learn Russian lately ?

B.B. : Yes, I’m a big fan of AS Monaco and soccer overall. As soon as I’m in Monaco I go to the stadium, I even gave the kick-off of Monaco-Lyon in 2006 !! I hope to relive great Champions League nights, but in any case in good as in bad moments, I’ve always my red and white shirt in my bag !!!

Thanks a lot Benjamin for your exciting answers, and good luck for the rest of your season.

Benjamin’s last year win in Pensacola, Florida :

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6 réponses à Interview – Benjamin Balleret

  1. j’aimerais avoir un droit de réponse sur les propos de mr Balleret qui parle d’une entente soit disant difficile avec moi…je vous avouerai que je tombe des nus!je n’ai jamais senti d’animosité entre nous et j’aurai preferé qu’il me parle de ce probleme les yeux dans les yeux mais je crois comprendre que le courage et la franchise sont des vertus que ce joueur ne connait pas….
    sportivement.
    Thomas Oger

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