Open d’Australie 2014 – Passing Shots #1

Nos histoires des premiers tours. Garanti 100% inédit.

Surcoté ?

10 éliminations au premier tour et 10 au second tour en 21 Grand Chelem disputés : c’est le bilan peu reluisant d’Ernests Gulbis depuis son 1/4 de finale à Roland Garros 2008. Pour quelqu’un soi-disant capable de battre tout le monde, avouez que ça fait quand même tâche. Surtout que bon nombre de ces défaites l’ont été contre des joueurs prenables, pour rester poli : Monaco, Becker (Benjamin, pas Boris), Benneteau, Kukushkin, Kavcic, Johnson, Haider-Maurer, et la dernière en date : Sam Querrey hier. Même si l’Américain (éliminé au tour suivant par Fognini) est un joueur honnête, le score (6/2 6/3 6/4) et les statistiques (5 fois breaké, 19 coups gagnants pour 41 fautes directes) interpellent.

A bientôt 26 ans, le Letton n’a finalement qu’un palmarès maigrichon comparativement à sa grande gueule et au nombre de raquettes explosées sur les courts : 4 titres ATP, un 1/4 en Grand Chelem donc, et une 1/2 en Masters Series (Rome 2010, où il avait tapé Federer). Il est temps pour lui d’accélérer s’il ne veut pas rester dans les mémoires uniquement comme un « one-shotter » reconnu pour ses coups d’éclat ponctuels et ses déclarations tapageuses, mais inapte à performer sur une saison entière. Mais avec un sens tactique douteux et un plan B absent en match, en est-il vraiment capable ?

Je m'en vais comme un prince. Un prince avec du bide.

Je m’en vais comme un prince. Un prince avec du bide.

Premières
Comme à chaque Grand Chelem, certains joueurs prometteurs ont décroché leur premier succès dans un Majeur.

Honneur aux filles : la Suissesse Belinda Bencic, plus jeune joueuse du tableau à pas encore 17 ans, a d’abord battu Kimiko Date dans le match des extrêmes (la japonaise, 43 ans, était elle la plus âgée des 128 participantes) avant de perdre honorablement contre Na Li 6/0 7/6. Présentée comme une future crack du circuit, Bencic est très souvent comparée à son illustre aînée Martina Hingis par les médias helvétiques.

Très précoce – première balle tapée à 2 ans 1/2, championne de Suisse des moins de 18 ans à 14 ans, premier match de Fed Cup à 14 ans 1/2, premier match de grand tableau WTA à 15 – la petite Belinda est avant tout le rêve de son entraîneur de père, Ivan. La rumeur veut que ce « projet » ait pris jour alors qu’il regardait dans son salon la finale de Martina Hingis à l’Open d’Australie 97, soit 2 mois avant la naissance de sa fille !

Elle a les yeux marrons, Belinda

Elle a les yeux marrons, Belinda

Couvée entre 2004 et 2012 par Mélanie Molitor, la mère de Martina Hingis, Belinda a également eu le soutien financier d’un mécène, Marcel Riederer, un ancien hockeyeur ami de papa Bencic. Un mécène devenu manager et qui perçoit maintenant un retour sur investissement, à la fois en terme de prize money gagné en tournois mais aussi de sponsoring…Et les sponsors, Belinda connaît, puisque malgré son jeune âge, elle en a déjà…11 ! Le dernier en date ? Rolex.

Titrée l’an passé à Roland et Wimbledon juniors, comme Martina, Belinda confirme pour le moment tous les espoirs – et les francs suisses – placés en elle. Dotée d’un jeu plus basé sur la tactique et la finesse que sur la puissance, sa progression est fulgurante depuis son arrivée sur le grand circuit : 400 places de gagnées entre fin 2012 et fin 2013, une année terminée au 212ème rang WTA.

On aura vite l’occasion de revoir ses prises de balle précoces et son coup d’œil, puisqu’elle sera vraisemblablement la n°2 suisse en Fed Cup contre la France début février.

Damir Dzumhur (prononcez JOUM-our), lui, n’est pas un habitué de la lumière et des sponsors. Il naît en Mai 1992 à Sarajevo, un mois après le début de la Guerre de Bosnie. A cause du conflit, il est évacué de l’hôpital le lendemain, et son père ne le voit pas avant ses 8 mois. Mais il lui apprend à jouer au tennis à la fin de la guerre, en 1995. Depuis, il est resté son coach – avec succès.

Damir couleurs

Damir couleurs

En juillet 2010, il atteint la 3ème place mondiale chez les juniors. En 2011, il remporte ses premiers Futures, et en 2012 il passe à l’échelon Challengers. Sur cet Open d’Australie, il sort des qualifications et gagne ses premiers matchs sur le grand circuit en battant Hajek et Dodig (sur abandon), devenant ainsi le premier Bosnien à remporter un match en Grand Chelem. Amer Delic, un autre bosnien de naissance retraité du circuit en 2012, avait bien passé des tours en Grand Chelem, mais sous le drapeau américain. Avec son 3ème tour, « DD » a empoché 75.000$, soit plus de 3/4 de ses gains accumulés depuis le début de sa carrière. Sortez les accordéons.

Pour Blaz Rola, cet Open d’Australie est aussi synonyme de premier succès chez les grands. Battu par Klizan au 2nd tour après avoir dominé le terrien Delbonis au 1er, le slovène de 23 ans est issu du circuit universitaire américain, où il a remporté le titre NCAA en simple en 2013 sous les couleurs d’Ohio State.

Pourtant, le natif de Ptuj (on cite juste la ville pour voir comment vous la prononcez) n’était pas destiné à cette formation yankee assez méconnue en Europe. Blaz est en effet repéré par Ty Tucker, l’entraîneur en chef d’Ohio State, alors que ce dernier supervisait un joueur croate en Allemagne. Après plusieurs mois de silence et d’hésitation, Rola accepte l’invitation de coach Tucker de visiter l’université et de décider ensuite. Le deal se conclut rapidement, et tout le monde est content : coach Tucker, Blaz, et même maman Rola (qui accompagne le fiston), puisqu’elle dégotte un robot aspirateur « Roomba » à ramener à la maison.

Depuis son arrivée sur le circuit challenger l’an passé, le slovène a atteint 5 demies et 1 finale, sur terre battue, sa surface fétiche. Son jeu de gaucher plutôt offensif pourrait en surprendre plus d’un au cours de cette année.

Allez, les bras à gauche, c'est parti pour la MacaRola

Allez, les bras à gauche, c’est parti pour la MacaRola

Enfin, le premier match gagné en Grand Chelem de Dominic Thiem risque d’être le premier d’une longue série. L’autrichien de 20 ans, 136ème ATP et issu des qualifications, a battu Sousa (50ème mondial) avant de baisser pavillon contre Anderson ; et même s’il est un peu tôt pour juger, il a toutes les armes pour devenir un futur grand du tennis mondial.

Après une carrière junior qui l’a vu perdre en finale de Roland Garros 2011 et culminer à la 2ème place mondiale combinée (simples + doubles), Domi a remporté ses deux premiers challengers en 2013 sur la terre battue marocaine, et a également atteint les 1/4 à Kitzbuhel (en battant notamment son aîné Melzer) mais aussi à Vienne en indoor, où il a poussé Tsonga au tie-break du dernier set.

Avec un jeu agressif, un service et un coup droit explosifs couplés à un élégant revers à une main, le jeu de Thiem peut s’exprimer sur toutes les surfaces. Entraîné par Günter Bresnik (qui coache aussi…Gulbis), il est également suivi par un préparateur physique, Sepp Resnik, aux méthodes peu orthodoxes : entre portés de tronc d’arbres, lectures de Soljenitsyne et abdominaux nocturnes, le mental et le physique sont mis à rude épreuve pour payer sur le long terme. Rendez-vous dans quelques années pour savoir si l’on doit ouvrir un cabinet de voyance.

Comptez sur moi les gars !

Comptez sur moi pour la boule de cristal les gars !

Et sinon

18 victoires pour 28 défaites, 70 places de perdues et une sortie du top 100 depuis la naissance de sa fille : la paternité ne réussit pas à Marcos Baghdatis, battu au 1er tour par Istomin en 3 sets.

Le match du 1er tour Yen Hsun-LuJimmy Wang, 100% made in Taïwan, c’était de la contrefaçon ?

C’était la première fois qu’il y avait deux joueurs chinois dans le tableau final d’un Grand Chelem. Mais Ze Zhang et Di Wu ont perdu au 1er tour, respectivement contre Verdasco et Kenny De Schepper.

Marinko Matosevic, battu au 1er tour par Nishikori en 5 sets, n’aime pas les conférences de presse toutes lisses.

On a failli croire que Sam Stosur allait réussir un truc en Australie.

Alison Riske a des chances d’être tête de série à Roland. Qui ça ?

How many times are you gonna be injured, Jerzy ?

Le coin vidéo

Comment bien rater un service, by Caroline Wozniacki.

Pas mal David, mais peut mieux faire.

There’s only one Fog. Only one.

Au moins, Richard partira d’Australie avec le souvenir d’un joli point.

La revue de presse

Des conditions « inhumaines », « dangereuses »…à moins d’habiter dans les Deux-Sèvres ou d’être à la fois aveugle et sourd-muet, vous n’avez pas pu passer à côté : cet Open d’Australie est très caliente. Avant le début de la quinzaine, Le New York Times était allé à la rencontre du météorologiste du tournoi.

Sur le même thème, Slate nous explique pourquoi, dans ces conditions, on peut faire cuire un œuf sur un court.

La télé taïwanaise, elle, nous gratifie d’une animation 3D digne des plus grandes heures des studios Pixar.

Jerzy Janowicz ne pourrait pas vivre sans sa Playstation, le tennis et…sa maman. Il est aussi fan d’Eva Longoria. D’autres questions ?

Un record de 8 Français en 1/16èmes de finale : c’est logique, nous explique Yannick Cochennec.

L’anglais Ross Hutchins, 26ème mondial de double en mai 2012, a fait son retour à la compétition après avoir vaincu son cancer.

L’Italienne Camila Giorgi, battue par Alizé Cornet au 2ème tour, est toute mignonne. Son histoire un peu moins.

Share Button

7 réponses à Open d’Australie 2014 – Passing Shots #1

  1. Très sympa à lire comme d’hab !

  2. Belle prose 😉

  3. Aucune info sur les joueuses belges ?

  4. Pas facile de mettre ses tripes sur la table quand on a la vie de Gulbis…

  5. Pingback: Fed Cup : France - Suisse, les réactions - Double Faute

  6. Pingback: Passing Shots - Février 2014 - Double Faute

  7. Pingback: Passing Shots : Indian Wells - Double Faute

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *