Open d’Australie 2014 : Passing Shots #2

Des jeunettes, un jeunot, et des médias en galère : notre bilan de la deuxième semaine du tournoi.

Bienvenue chez les grandes

Elles avaient déjà « percé » sur le circuit l’an passé, et cet Open d’Australie a confirmé les promesses entrevues jusqu’alors.

Pour Garbiñe Muguruza, l’aventure s’est arrêtée en 1/8èmes contre Agnieszka Radwanska, mais son tournoi et son début de saison sont une franche réussite.

Après son titre à Hobart, remporté en sortant des qualifications sans perdre un set, elle a notamment battu Kanepi (n°23) et Wozniacki (n°10) pour atteindre sa première « deuxième semaine » en Grand Chelem.

Née il y a 20 ans à Caracas d’un père espagnol et d’une mère vénézuelienne, Garbiñe (oubliez surtout pas la tilde, malheureux) s’est entraînée plus jeune dans l’académie Sergi Bruguera, à Barcelone. Elle débute chez les pros en 2009, avec la particularité d’avoir zappé la case juniors. Très vite, elle obtient ses premiers succès sur le circuit ITF et en 2012, grâce à Octagon, son agence de management qui organise aussi le Premier Mandatory de Miami, elle obtient une invitation pour le tableau final du tournoi, qui sera son…premier tournoi WTA.

A la surprise générale, la jeunette sort deux têtes de série (Zvonareva et Pennetta) et atteint le 4ème tour, sortie par Radwanska (déjà) : pas mal pour une première. Le reste de l’année sera plus difficile, mais les bases de son jeu sont posées : un service intéressant grâce à sa grande taille – elle mesure 1m82 – et surtout un style agressif à l’opposé de l’école espagnole, avec des grandes frappes à plat plus destinées à faire mal sur surfaces rapides que sur terre, malgré son apprentissage tennistique passé sur l’ocre.

Cela se vérifie d’ailleurs en 2013, année où elle atteint le 4ème tour à Indian Wells et Miami sur dur, et les 1/2 à Den Bosch sur gazon, avant de finir prématurément sa saison après Wimbledon pour se faire opérer du pied droit. Un jeu qui fait déjà des ravages donc, mais néanmoins encore trop à risques, comme en témoignent ses 44 fautes directes en 2 sets contre Radwanska.

Animée par un esprit féroce de compétitrice, dotée d’une forte personnalité, Muguruza est une ambitieuse qui ne se fixe pas de limites et qui aime les défis : elle explique qu’elle arrive à jouer son meilleur tennis contre les meilleures, et qu’elle adore jouer sur les grands courts. Xavier Budo, un de ses deux coachs, la considérait d’ailleurs en 2012 comme un « diamant brut ».

La suite pour Garbiñe ? Un choix difficile à faire entre ses deux pays, l’Espagne et le Venezuela, qui se battent pour attirer la pépite dans leurs filets, entre arguments sportifs et pétrodollars. Aux dernières nouvelles, elle se laisse encore le temps de la réflexion.

Gagner en Nouvelle-Zélande, c'est faire un Hobart-tabac ?

Gagner en Tasmanie, c’est faire un Hobart-tabac ?

Eugénie Bouchard a elle terminé le Grand Chelem australien sous le feu des projecteurs. Avec son joli minois, son naturel et son aisance médiatique, elle est déjà considérée comme potentiellement plus bankable que Maria Sharapova.

Sur sa lancée de la fin de saison 2013 qui l’avait vue atteindre les 1/2 à Québec, les 1/4 à Tokyo, la finale à Osaka et décrocher le titre de « rookie de l’année », « Génie » a su profiter d’un tableau accessible (aucune joueuse du top 60 sur ses 4 premiers matchs) et d’une Ivanovic diminuée – et encore friable mentalement – pour se hisser dans le dernier carré du tableau féminin.

Gagnante en simple et en double de Wimbledon juniors 2012, Bouchard a été entraînée un long moment par Nathalie Tauziat, qui l’a aidée à transformer son jeu défensif en un style plus agressif, et qui voit en elle une future n°1. Avec sa prise de balle précoce et un service renforcé pendant l’intersaison, la canadienne étonne par sa maturité (à la fois tactique et en dehors du court) et son calme olympien. Très déterminée à gravir les échelons du tennis mondial, bourreau de travail, cette fan de Tiger Woods et Roger Federer (mais aussi de Justin Bieber, VDM) se pose déjà en sérieuse outsidrice pour les autres Grand Chelem de la saison. Même si Eugénie semble avoir la tête sur les épaules, à elle et à son entourage de jouer pour ne pas être noyée dans les sollicitations médiatiques et finir par exemple comme une certaine Anna Kournikova…


Et en plus, elle dit la météo

Bienvenue chez les grands

Avant le tournoi, on voyait bien Milos Raonic faire un truc, mais le chef Wiggum du circuit ATP est tombé sur un os en la personne de Grigor Dimitrov au 3ème tour. Dans une partie de tableau dégagée après la défaite de Juan Martin Del Potro contre Bautista-Agut – qui en a emmerdé plus d’un en 2013 et qui en emmerdera encore plus en 2014 (coucou Benoit Paire) – le bulgare a fait étalage de ses progrès récents depuis qu’il a commencé à bosser en fin de saison dernière avec Roger Rasheed, le culturiste préféré de Gaël Monfils.

Alors que son année 2013 de Grand Chelem avait fait flop avec des défaites contre Benneteau, Zemlja et Sousa, M. Sharapova à la ville a atteint son premier 1/4 de finale de Majeur, où il a donné des sueurs froides à Nadal, gâchant des occasions de mener 2 sets à 1 pour finalement s’incliner en 4 sets serrés. Plus que le résultat encourageant, la réaction d’après-match de Dimitrov est révélatrice d’un nouvel état d’esprit : « Je suis un peu brisé », a-t-il déclaré après sa défaite, bien conscient d’avoir touché du doigt une victoire de prestige.

Avec un service très performant et une condition physique en nets progrès – même si Rasheed a déclaré qu’il avait « deux ans de retard dans son développement » – 2014 pourrait bien être l’année de la véritable éclosion du bulgare, présenté beaucoup trop tôt comme le nouveau prodige de l’ATP Circus. Il est aujourd’hui 19ème mondial, son meilleur classement.

Cri-gor Dimitrov

Cri-gor Dimitrov ?

De l’objectivé journalistique

Jeudi 23 janvier. Federer vient de se débarrasser coup sur coup de Tsonga et Murray. Aussitôt, la presse s’emballe sur le retour du messie : c’est « le retour du grand Roger », « redevenu un joueur hors-normes », qui joue « un tennis de rêve », contre lequel « il n’y a pas grand chose à faire ». Excusez-moi, vous avez dit journaliste ou groupie ?

Le match à venir contre Nadal n’arrange pas les choses. C’est la foire aux fantasmes étalée sur la place publique. L’édition papier de l’Equipe du 24 janvier se demande s’il y aura « De nouveau un chef d’œuvre ? », et va récolter tous les témoignages qui peuvent aller dans son sens, quitte à accoster Boris Becker à la sortie du PMU : le bibendum teuton leur assure tout de go que « Federer va gagner le tournoi » (à la tienne, Boris !). Les articles – totalement impartiaux bien sûr – sur les arguments en faveur d’une victoire du suisse se multiplient : Mouratoglou nous assure que Nadal n’a pas une autoroute, les points Bingo « effet Edberg » pullulent, et Forget est persuadé que « le suisse a un coup à jouer ». Tu veux dire Guytou, comme Llodra contre Troicki dans un 5ème match décisif de Coupe Davis ?

C’était très vite oublier que les deux « victimes » de Fed’ ressemblaient plus à des pantins désarticulés qu’à des tests crédibles. Tsonga est encore rouillé et est toujours aussi à l’aise en retour de service qu’une poule qui a trouvé un couteau. Murray vient tout juste de sortir de la maison de repos, plus habitué sur les derniers mois aux parties de Scrabble qu’aux matchs de haut niveau. Alors nouveau coach, nouvelle raquette, nouveau slip, nouveau marengo (pardon), peut-être, mais même complexe et même problématique tactique.

Résultat : 3-0 Nadal, et nos amis journalistes-membres-du-fan-club qui repartent la tête basse. Caramba, encore raté !

Le coin vidéo

Je suis à peu près sûr que vous n’avez pas vu ce point entre Zirana Diyas et Simona Halep.

Au tour de Murray de nous montrer comment rater sa première balle de service.

Only one Fog, we told you.

Pas dit que Denis Istomin refasse un jeu pareil dans sa carrière.

Dis donc David, tu n’as vraiment pas été très sympa avec le juge de ligne.

Et Lady Aga rendit Vika gaga.

Et sinon

On vous l’avait pourtant dit, qu’il y allait avoir de la chaleur et des surprises.

Eugénie a donc sa « Génie Army« . Qui se lance pour créer la « Simon Connexion » ?

Lucie Safarova aurait pu éliminer Na Li si son revers n’avait pas été trop long de 5 centimètres. Comme quoi parfois, la taille, ça compte.

Si Bouchard et Muguruza sont passées au niveau supérieur, Laura Robson, Heather Watson, Kristina Mladenovic et Caroline Garcia sont toujours au jardin d’enfants…

Finalement, la surface était rapide ou pas ?

MM. Ljubicic & Piatti, y a encore du boulot pour voir Milos Raonic en nouvelle tête de proue du service-volée efficace.

Roberta et Sara sont heureuses de vous annoncer l’arrivée de leur 3ème titre du Grand Chelem.

Lukasz Kubot, associé à Robert Lindstedt, titré en double : le french cancan se porte bien.

Revue de presse

De la maturité et le travail avec un nouveau coach qui porte ses fruits : voilà ce qui peut expliquer l’excellent tournoi de Dominika Cibulkova.

Il a été la belle histoire du tournoi : les articles sur Stéphane Robert se sont multipliés, entre Eurosport et la presse anglaise, et même sur le site de l’ATP, où il a pu faire admirer son accent anglais emprunté à Richard Gasquet.

Une retraite repoussée et un jeu plus offensif : c’est l’effet Carlos Rodriguez, l’ex-mentor de Justine Hénin qui coache Na Li depuis mi-2012.

Les juniors australiens sont très cosmopolites, nous explique le Sydney Morning Herald.

Loin de l’Australie, Steve Darcis, tombeur de Nadal à Wimbledon, raconte ses galères physiques au journal belge Le Soir.

En bonus, lu sur le forum des Cahiers du Foot : « Pourquoi Federer ne peut plus battre Nadal ». Extraits :

4) Gros coup au mental pour Federer « ah merde ça fait une heure qu’on est sur le terrain et il me reste encore 3 sets à gagner et je sais pas trop comment on fait. 3-0 Nadal à coups de je rentre dans le terrain tandis que Federer pousse des chop de 15/4 au milieu du terrain et arrose en coup droit.

11) « Bravo quand même à Rodgeur qui fait un super tournoi et qui est le plus grand joueur de tous les temps. Hein ? Oui, je mène 524 à 6 dans nos face à face mais c’est quand même Rodgeur, il faut le féliciter pour tout ce qu’il apporte à ce sport ».

Share Button

2 réponses à Open d’Australie 2014 : Passing Shots #2

  1. Je suis allée lire le post complet sur les Cahiers du Foot, du coup : c’est très exactement ça.
    J’ai beau idolâtrer Federer (avec cependant bien plus d’objectivité que certains et pas de montagnes russes le faisant passer alternativement pour un retraité / un monstre sur le retour : juste un immense champion vieillissant et mentalement friable), je ne me fais jamais aucune illusion quand il joue Nadal. Après la victoire contre Murray je l’avais dit : rien dans ce Federer-là ne me permettait de penser qu’il avait les armes pour passer Nadal, diminué ou pas.

    Sinon, belle récap !

  2. Pingback: Passing Shots - Février 2014 - Double Faute

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *