Passing Shots – Février 2014

Du Brésil à l’Inde en passant par le Mexique, quelques histoires des dernières semaines. 100% inédit comme d’habitude !

Return, I will, to old Brazil…

Top ! Je suis gaucher, je parle espagnol, je viens de remporter un tournoi sur terre et j’ai déjà battu Federer, je suis je suis…Federico Delbonis, vous l’aviez tous deviné bien sûr. Non ? Bon on la refait alors.

Delbonis est né en Argentine il y a 23 ans, et a commencé à jouer à l’âge de 7 ans après avoir regardé les matchs de papa, un ancien gardien de foot professionnel qui arpente les courts d’un club de Rosario. Le petit Fede ne passe pas par la case Juniors et commence directement sa carrière pro en 2007 en jouant des tournois en Amérique du Sud et en Espagne. Il remporte son premier Futures en janvier 2009, saison où il perce au niveau challengers, avec un premier titre à la clé. La même année, il participe même à son premier tournoi ATP, en se qualifiant pour le tableau final de Gstaad, où il perd 4/6 5/7 contre Wawrinka.

Les deux saisons suivantes le voient un peu stagner, malgré un joli run à Stuttgart 2011 : sorti des qualifs, il bat Florian Mayer et arrive jusqu’en 1/2 où il prend un set à Ferrero. En 2012, « Delbo » – vous pouvez aussi l’appeler « Gordo » – passe à l’échelon supérieur. Il s’extirpe 8 fois de qualifs ATP et bat plusieurs crocodiles confirmés, comme Bellucci ou Robredo. Il confirme ses bonnes dispositions en 2013, avec deux nouveaux challengers remportés en début d’année.

Fin juillet, à Hambourg, il se révèle aux yeux du grand public. Sorti des qualifications (décidément, c’est une habitude chez lui), il sort Robredo (encore), Verdasco et…Federer en 1/2. « C’est beaucoup plus qu’un rêve », déclare-t-il alors. En finale, le rêve se transforme en cauchemar, puisqu’il rate 3 balles de match contre Fognini

Qu’importe, Fede est entré chez les grands. Ses gifles de coup droit, assénées avec une préparation très ample, font mal à ses adversaires, et son service qui tombe de haut (il mesure 1m90) est également une arme.

Pas vraiment une surprise donc de le voir triompher à Sao Paulo, où son jeu s’est parfaitement exprimé sur la terre indoor du tournoi brésilien. Il devrait en faire souffrir plus d’un à l’avenir, mais son jeu risque de ne pas être performant sur surfaces rapides : jusqu’ici, il a en effet gagné moins d’1/3 de ses matchs sur dur, indoor et gazon. L’intéressé veut lui gagner en régularité et rêve de jouer en Coupe Davis, ce qui risque d’arriver assez vite vu l’état du tennis argentin.

Pour un premier trophée il est mal tombé

Pour un premier trophée il est mal tombé (photo : Brasil Open)

 

En finale, Delbonis a battu le sympathique italien Paolo Lorenzi, tombeur de Monaco et Haas (sur abandon). Le sosie tennistique de Steve Buscemi est l’exemple typique du joueur de l’ombre : il a en effet terminé 14 de ses 15 saisons professionnelles au-delà de la 100ème place mondiale, et a déjà disputé 21 finales de challengers.

C’est en 2013 que Paolo a effectué sa meilleure saison, terminant l’année 77ème avec un pic dans le top 50 en mars. Sans forcément avoir un coup fort, Lorenzi est un joueur accrocheur, intelligent, et qui n’hésite pas à faire du service-volée y compris sur terre battue. Il ne faut pas oublier qu’en 2011, à la surprise générale, il a tenu tête à Nadal pendant 3 heures au Foro Italico de Rome, menant 7/6 4/4 30-0 avant de s’écrouler et de ne plus marquer un jeu du match.

Le secret de Paolo pour être resté autant de temps à écumer les tournois secondaires sans jamais perdre la foi ? « Toujours y croire », « s’entourer de gens qui croient en toi », et surtout « ne pas penser que tu as échoué si les résultats ne viennent pas immédiatement, mais au contraire continuer à travailler et croire que tu peux atteindre des objectifs inimaginables », expliquait-il à Spazio Tennis en octobre 2012.

Réalisé sans trucage

Réalisé sans trucage

 

Eloge de la patience

8 ans. Cela faisait plus de 8 ans que Klara Zakopalova n’avait pas remporté de titre. Depuis Portoroz fin 2005, la tchèque avait perdu 6 finales – une statistique à faire pâlir d’envie Gaël Monfils et Julien Benneteau – dont 2 en 2014, y compris une tout récemment à Rio. A Florianopolis, Zakopalova a mis fin à cette période de disette en retournant une situation bien compromise.

La petite blonde était en effet menée 6/4 5/2 par Garbiñe Muguruza, qui l’avait déjà battue à Hobart en janvier (et dont on vous a parlé peu après), avant d’aligner 11 jeux de suite pour l’emporter 4/6 7/5 6/0. « Gagner ce titre est juste incroyable, je n’ai vraiment pas de mots », a-t-elle déclaré sur le site de la WTA. Même pas « tracteur » ou « courgette » ?

Joueuse naturellement douée, avec des victoires en carrière sur Serena Williams (sur la terre de Marbella, en 2009) ou Na Li (2 fois), Zakopalova a souvent été desservie par un manque de régularité et un mental fragile, ce qui l’a empêché d’aller plus haut qu’une 20ème place mondiale, atteinte l’an dernier. Mariée depuis 2006 à un ancien footballeur tchèque, « Kookie » vient de divorcer et va reprendre son nom de jeune fille, Koukalova…sous lequel elle avait remporté ses deux premiers titres. Un changement visiblement bénéfique, tout comme le choix d’une nouvelle raquette après 15 ans avec le même matériel.

 

Sympa ce vase à fleurs

Sympa ce vase à fleurs

 

Du côté des challengers

Chennai-Kolkata-New Delhi. Pour la première fois depuis 2008, dans un souci d’homogénéisation géographique des challengers, l’ATP a décidé d’innover et de créer une « tournée indienne » sur 3 semaines en février. Une bonne idée pour réduire les coûts de déplacements, problématique continue pour les joueurs du circuit secondaire.

A Chennai, c’est l’ancien vainqueur de l’Orange Bowl et de l’Open d’Australie juniors Yuki Bhambri qui s’est imposé. Ancien n°1 mondial chez les jeunes en combiné, l’indien de 21 ans a remporté son 3ème titre en carrière, dans la continuité de sa bonne fin de saison 2013 et du début d’année où il a atteint les 1/4 à l’ATP de Chennai (déjà). Après plusieurs années post-juniors difficiles, Bhambri, muni d’un coup droit intéressant mais d’un revers encore friable, semble aujourd’hui mieux armé pour le circuit senior. Il a gagné 450 places depuis septembre dernier (il est maintenant 146ème) et a très peu de points à défendre dans les mois qui viennent. Il va arriver où hein, le Yuki ?

Vous savez, ce n'est pas toujours facile d'avoir des parents fans de Richard Gotainer

Vous savez, ce n’est pas toujours facile d’avoir des parents fans de Richard Gotainer

A Kolkata, c’est le bombardier serbe Ilija Bozoljac qui a soulevé le trophée, son premier depuis Banja Luka en 2008. Le puissant serveur – au revers et coup droit à deux mains – était pourtant mené 6/0 3/0 30-40 contre le néo-kazakh Nedovesov en 1/2, avant de s’en sortir puis de dérouler son tennis en finale. Un titre, suivi d’une 1/2 la semaine d’après, qui a permis à Bozo de remonter à la 178ème place ATP. Le joueur des Balkans reste toutefois assez loin de son meilleur classement obtenu en 2007 (101ème), la faute à un jeu pas encore revenu à 100% après 3 ans de blessure au dos.

C'est l'Ilija lutte finale

C’est l’Ilija lutte finale (photo : The Hindu)

Enfin, après deux 1/2 à Chennai et Kolkata, l’idole locale Somdev Devvarman s’est adjugée New Delhi. L’ancien universitaire US, au style défensif et 62ème à son plus haut pendant l’été 2011, a ainsi gagné de précieux points après un début d’année discret.

En voilà un qui va devoir faire de la place sur la cheminée (photo : The Hindu)

En voilà un qui va devoir faire de la place sur la cheminée (photo : The Hindu)

Chez les joueurs, cette tournée épicée a suscité l’enthousiasme. Les indiens, en réussite sur les 3 semaines, ont pu améliorer leur classement et se confronter à l’élite mondiale, le tout dans une ambiance de Coupe Davis. Les autres ont apprécié le fait de rester dans le même pays pour plusieurs tournois, contrairement à d’autres périodes du calendrier : Bozoljac a ainsi ouvertement critiqué l’organisation des challengers pendant le diptyque Indian Wells – Miami, avec des tournois isolés en Asie et en Russie, sans aucune date en Europe.

 

Et sinon (attention, risque d’autopromo)

« L’ego a souvent tendance à entraver la pensée variable qui ferait changer son jeu à un joueur en fonction de la situation »Ilija Bozoljac dans le texte.

Fin 2013, on vous parlait de Victor Estrella, ce joueur dominicain qui avait terminé l’année dans les 150 premiers mondiaux. Après une finale à Morelos (Mexique), et un titre à Salinas (Equateur), le voilà maintenant dans les 100 premiers mondiaux ! Une formidable performance pour cet ancien prof de tennis qui, faute de moyens, est seulement passé pro à…26 ans.

Une bonne initiative de l’ATP, qui écrit chaque semaine sur le déroulement d’un challenger. Après les visas pour Chennai, le tapis rouge de Kolkata et les turbans de New Delhi, le journaliste Robert Davis a fait étape à Guangzhou, en Chine, pour raconter le quotidien semé d’embûches des « non-top 100 ». Au passage, signalons le premier titre dans ce challenger du slovène Blaz Rola, dont on vous parlait en début d’année.

Grigor Dimitrov vainqueur de son premier « 500 » à Acapulco : c’était prévu. Et quand on parlait de sa condition physique « en nets progrès », comment ne pas saluer sa fin de tournoi, marquée par 3 matchs gagnés au couteau, et ce point formidable contre Murray qui l’aurait fait cramper il y a quelques mois ? Ce n’est pas Eugénie qui va se plaindre

 

La revue de presse

ESPN nous raconte l’histoire du mexicain Tigre Hank, 647ème mondial, fils d’un businessman passionné d’animaux aux 19 enfants. Au premier tour d’Acapulco, « El Tigre » a perdu honorablement en 3 sets contre Querrey.

Sports Illustrated nous présente Alicia « Tornado » Black, surnommée ainsi par son père à des fins marketing. La finaliste du dernier US Open juniors, bénéficiaire d’une invitation à Acapulco, s’est bien défendu pour son premier match WTA, ne perdant que 6/4 7/5 contre Jovanovski, 44ème mondiale.

Sergei Bubka rejoue au tennis après être passé tout près du cercueil : c’est déjà une victoire, explique-t-il à ESPN.

Enfin, la FFT met à l’honneur Kenny de Schepper, vainqueur du challenger de Cherbourg le week-end dernier, et qui égale ainsi son meilleur classement en carrière (67ème). Ça fait plaisir pour celui qui nous avait accordé deux interviews l’an passé, avant son Wimbledon gagnant et en fin de saison à Bercy.

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