Portrait : Jerzy Janowicz

Jerzy est content

Janowicz au service

Il y a quelques semaines encore, peu de gens connaissaient Jerzy Janowicz, mais il s’est révélé aux yeux du grand public après ses récents exploits à Paris Bercy. Il semblait donc indispensable de dresser le portrait de ce fan de Sampras. Histoire d’un conte de fées tennistique.

Ce grand polonais (2m03) né le 13 novembre 1990 est le fils d’anciens volleyeurs professionnels. Il a commencé le tennis à l’âge de 5 ans en accompagnant son père qui jouait en amateur. Ses débuts furent compliqués, entravés par des difficultés personnelles et financières.

« J’ai eu des problèmes dans ma vie mais je n’ai pas tellement envie d’en parler. J’ai toujours eu des problèmes pour trouver des sponsors, je n’avais pas d’argent et pour poursuivre ma carrière, ce sont mes parents qui m’ont toujours aidé. Ils ont vendu leur magasin, un ou deux appartements. Ils ont décidé de tout miser pour m’aider autant que possible. Voilà, ce sont les problèmes dont je peux vous parler mais il y en a d’autres ».

Alors âgé de seulement 16 ans, il passe professionnel en 2007  et c’est en 2008 qu’il remporte ses premières victoires sur les tournois Futures.

Talentueux, le jeune homme l’est sans conteste. Son jeu est basé sur la puissance et une impressionnante variété des coups comme l’amortie dont il use à la perfection. Mais comment le principal intéressé qualifie-t-il son jeu ?

« Mon coup préféré est le coup droit et bien sûr mon service. J’essaye toujours de jouer de manière agressive ».

Effectivement, son service est son principal atout grâce notamment à une première balle dont la vitesse descend rarement sous les 200 km/h, souvent combinée à un effet slicé redoutable. Son autre arme de prédilection, le coup droit, est joué proche des lignes. Ses accélérations sont souvent fatales à l’adversaire qui se retrouve à plusieurs mètres de la balle.
Malgré sa grande taille, il bouge bien sur le terrain, aussi bien dans les déplacements latéraux que vers l’avant. Son principal défaut (qui ne semble plus l’être ces dernières semaines ?) est sa fragilité mentale dans les moments importants. Il a beaucoup travaillé cette saison avec son coach – le finlandais Kim Tiilikainen, ancien joueur pro de modeste niveau – pour combler cette faiblesse et cet effort semble porter ses fruits.

« Mon comportement sur le court a changé aussi. J’ai décidé de ne jamais renoncer quelle que soit la situation. Maintenant, je me bats sur chaque point, peu importe si je gagne ou si je perds. Que ce soit un bon jour ou un mauvais jour, j’essaie de jouer mon tennis, d’être agressif et de me battre sur chaque point ».

Ses récentes prouesses parisiennes prouvent que le joueur est sur la bonne voie. Espérons qu’il continue ses efforts et qu’il garde tout au long des tournois cette solidité mentale qu’il semble avoir désormais acquise.

Deux saisons ont marqué la jeune carrière du polonais.

En 2010, il participe pour la première fois aux qualifications d’un tournoi du grand chelem à l’US Open. Quelques jours plus tard, il remporte son premier tournoi Challenger à Saint-Rémy-de-Provence, en battant en finale Edouard Roger-Vasselin.

Mais c’est bien 2012 l’année clé pour « JJ ». Après avoir fait l’impasse sur l’Open d’Australie faute de budget, il atteint la finale au Challenger de Wolfsburg (battu par Sijsling) et remporte ceux de Rome, Scheveningen et Poznan en simple, et ceux de Tunis (associé à Jurgen Zopp) et de Mons (associé à Tomasz Bednarek) en double.

Il gagne également ses premiers matches sur le circuit principal avec un 3ème tour à Wimbledon, après s’être extirpé des qualifications et un combat épique en 5 sets perdu face à Florian Mayer. Plus récemment, il a atteint les quarts de finale au tournoi de Moscou.

Bien sûr, ce qui le rend célèbre aux yeux du monde entier, c’est sa finale à Bercy, après être sorti des qualifications et en éliminant successivement Tursunov, Serra, Kohlschreiber, Cilic, Murray, Tipsarevic et Simon. Il est le premier joueur à réaliser cet exploit depuis Andrei Pavel en 2003.

D’après lui, le succès d’un tel parcours est le bonheur de s’être qualifié pour le tableau final. Comme il n’avait rien à perdre, il a simplement voulu jouer son meilleur tennis et se battre sur tous les points. Et de quelle manière…

Pour l’anecdote, après sa victoire en double à Mons, on avait demandé à Jerzy quelle était la suite de son programme. Il voulait encore jouer à Moscou et hésitait de participer à Bercy. Après quelques minutes de négociations, il a promis de disputer les qualifications du Master Series. Heureusement…

Paris changera certainement à tout jamais la vie du jeune homme. Premièrement, les souvenirs de cette incroyable semaine seront gravés à tout jamais dans sa mémoire. A chaud, le champion ne réalise pas ce qui lui arrive.

Après sa victoire en demi finale face à Simon, il confiait :

« Cette semaine est incroyable. J’étais ici pour jouer les qualifications et je suis en finale. Je ne sais pas comment c’est arrivé ».

Il lui faudra sûrement quelques semaines pour mesurer l’ampleur de son exploit. Ensuite, ses prestations remarquables lui permettront d’attirer les sponsors et de le mettre définitivement à l’abri des soucis pécuniaires.

Jerzy est élégant

Enfin, son statut a changé du tout au tout. Avant le tournoi, il était 69ème joueur mondial et méconnu du public. Au lendemain de Bercy, il est 26ème et portera donc à l’avenir l’étiquette de favori face aux joueurs moins bien classés. L’effet de surprise ne jouera plus non plus face aux meilleurs, voyant en lui un redoutable adversaire. La pression sur ses (larges) épaules sera donc plus forte dans le futur…

Après la finale à Bercy, Jerzy a revu ses objectifs à la hausse. Au terme de son match face à Murray il disait :

« Il y a une semaine, mon ambition était de joueur mon meilleur tennis durant chaque match mais aujourd’hui, j’espère être un jour un joueur du top 10. J’espère être un des meilleurs joueurs du monde ».

Preuve de sa progression, le joueur polonais a également été nominé aux ATP Awards dans la catégorie « Meilleure Révélation » (joueur qui a réalisé la meilleure progression au niveau du classement) aux côtés de David Goffin, Andrey Kuznetsov et Martin Klizan grâce à son bond à l’ATP passant de la 221ème place mondiale à la 80ème (au moment des nominations). Malheureusement, c’est finalement le Slovaque qui a remporté cette victoire…

Fort de son talent et de son charisme, Jerzy Janowicz a bousculé toute la planète tennis. Espérons qu’il ne soit pas une étoile filante dans les hautes sphères tennistiques. Il devra bien entendu encore travailler dur pour maintenir son rang et grimper encore dans la hiérarchie mondiale. Heureusement, il est encore très jeune et dispose de nombreuses qualités et de temps devant lui pour atteindre ses objectifs. Techniquement, il dispose des armes nécessaires mais pourra-t-il résister face à la pression que lui confère son nouveau statut ? A suivre….

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Une réponse à Portrait : Jerzy Janowicz

  1. Belle mise en page. Bravo les garçons; !
    PS : Jerzy est content mais il ne sourit toujours pas :p

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