Un dimanche de Futures ? Avec Plaisir !

Après notre expérience belge du mois d’août où nous vous présentions l’univers des Futures, il était temps pour nous d’aller faire un tour dans un tournoi français du même calibre. Notre récit d’un dimanche sympatoche.

Sous un ciel gris – on s’en fout vu que le tournoi se joue en intérieur, mais bon faut bien commencer l’article, nous voici en route pour les Yvelines et Plaisir, une ville rendue célèbre par le grand chanteur à textes Herbert Léonard (merci à Wikipedia, et au ministère du Tourisme pour cette information primordiale sans laquelle nous ne pouvions commencer cet article sans rougir). La finale oppose les deux premières têtes de série. Et pour changer, nous retrouvons… deux belges :

Maxime Authom, 26 ans, 224ème mondial. 8 titres en Futures en carrière, et un meilleur classement (143ème ATP) obtenu en février 2013 après une excellente saison 2012, qui l’a vu atteindre sa première finale en challenger (à Rimouski, Canada) et participer à son premier Grand Chelem, après être sorti des qualifications à l’US Open. Depuis l’Open d’Australie, où il était aussi sorti des qualifs, sa saison est plus difficile, avec un seul match gagné en challenger. A noter qu’il a été champion de France par équipe avec Quimperlé en 2012, un peu à la surprise générale.

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Niels Desein, 26 ans, 242ème mondial. Déjà titré 17 fois en Futures, il a plus de mal à l’échelon supérieur : seulement deux demies-finales en challenger, dont une la semaine passée à Pétange au Luxembourg. En 2013, il a participé à son premier tournoi ATP à Oeiras (Portugal) après être sorti des qualifs.

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Le début du match est équilibré. Et bruyant, des petits merdeux jeunes tennismen jouent sur un court à côté et l’arbitre de chaise demande d’aller les faire taire.

A 3/2*, Authom rate deux balles de break et se fait breaker dans la foulée. « Balles de break ratées, break à l’opposé », me répétait tout le temps mon grand-père. Ou Jean-Paul Loth, je me souviens plus trop. Desein tient ensuite bien son service grâce à quelques aces, un peu contestés par Authom. « C’est intelligent de le mettre là-bas » dit-il à l’arbitre de chaise en parlant du juge de couloir qui est côté serveur à ce moment-là. 6/4 Desein et son adversaire s’énerve de plus en plus.

Ça fait bizarre de pas avoir un arbitre de chaise bedonnant

Ça fait bizarre de pas avoir un arbitre de chaise bedonnant

Le niveau de jeu baisse ensuite des deux côtés. Authom se fait breaker d’entrée de second set sur une double faute. On notera quand même un jeu avec 4 aces de Desein, qui a pris confiance au fil du match. On semble se diriger vers une fin de match rapide, puisque Desein mène 6/4 5/1*, mais il se tend un peu, Authom sauve une balle de match d’un lob gagnant et revient à 4/5*. Dans le dernier jeu, Desein retrouve ses premières balles, on a droit à un jet de raquette très propre dans les bâches de la part d’Authom, et pour finir Desein hurle de soulagement : jeu, set et match 6/4 6/4.

Après le protocole où le directeur du tournoi nous gratifie de quelques blagounettes (« Bonne fête Maxime, c’est le premier jour de l’Authom » – jingle tagada tsoin tsoin), les deux joueurs nous font le plaisir de nous répondre. A noter un buffet sympa organisé après le match, avec petits fours, champagne, plats Picard, y a pas à dire, l’Yvelinois sait recevoir.

Ceci n'est pas un karaoké

Ceci n’est pas un karaoké

Maxime Authom

Son match

A 3/3 j’ai deux balles de break, déjà ça ça peut faire tourner un match…Après dans le premier set, je fais un jeu un peu pourri mais il retourne pas mal, et vu qu’il servait bien après ça fait 6/4…mais c’était quand même bon. Au début du 2ème set je fais le jeu le plus pourri du match et après j’ai essayé de faire ce que j’ai pu, mais tout le long je trouve qu’il a bien servi, peut-être une seule double faute au début, il a bien joué, je me suis un peu accroché…mais ça fait quand même trois semaines que j’enchaine pas mal de matchs donc je suis un peu fatigué. Mais je trouve qu’il méritait de gagner. C’est toujours chiant de perdre en finale mais bon c’est comme ça…

A la fin du match, je me dis qu’il commence peut-être à se tendre, 5/4 en menant 5/1 je me dis que dans sa tête peut-être qu’il doute un peu, mais bon après il a fait trois bons premiers services.

L’arbitrage

C’est pas ça qui me fait perdre, c’est vrai qu’il y a des balles où on se dit…on est plein dessus, c’est notre métier, bon c’est vrai qu’on est tendu par le match, on s’emporte un peu mais après j’en veux pas à l’arbitre, elle a bien arbitré…y a 2/3 erreurs on se demande comment c’est possible, mais c’est arrivé deux fois en 1 heure et demie, c’est pas grave.

« Depuis l’Australie, je sens complètement rien »

Sa saison

J’avais bien commencé l’année mais depuis l’Australie, je sens complètement rien (rires). Après j’ai fait pas mal de gros tournois et c’est vrai que j’ai joué des joueurs mieux classés que moi, mais bon c’est des mecs que je suis capable de battre, et du coup j’ai pas gagné beaucoup de matchs. Après l’US Open où j’avais pas mal de points à défendre je me suis dit que pour ma confiance j’allais refaire des plus petits tournois pour gagner plus de matchs et que la confiance revienne. Bon là c’est chiant parce que le vainqueur c’est presque le double de points, le finaliste il prend 20 points et le vainqueur 36, du coup deux finales c’est presque une victoire. Mais bon pour ma confiance j’ai fait des bons matchs. J’ai un petit problème au pubis, j’ai abandonné il y a 3 semaines et je pensais pas forcément faire les deux tournois à fond [il était déjà finaliste la semaine dernière au Futures de Mulhouse] donc rien que pour ça je suis quand même content, la confiance est un peu revenue. Même si j’ai pas vraiment battu des joueurs mieux classés que moi, c’est des victoires et ça fait plaisir. Il faut que je me fasse opérer, mais fin novembre il y a des matchs par équipes, début janvier c’est l’Australie donc y a pas vraiment de bon moment… je verrai avec mon kiné.

Après 2/3 jours de repos je joue en qualifs à Mons, c’est fort, tous les Belges qui sont devant moi rentrent pas non plus dans le tableau, c’est eux qui ont les Wild Cards donc je suis obligé de passer par les qualifs. C’est pas forcément un objectif précis même si c’est à 20 minutes de chez moi, c’est toujours mieux de bien jouer quand plein de gens que je connais viennent me voir, mais c’est pas grave si je fais pas un résultat là. Mon objectif c’est surtout de prendre des points pour l’instant.

Les matchs par équipes avec Quimperlé

J’ai atterri là-bas vraiment par hasard. Y avait un joueur qui s’était blessé, j’ai deux copains (Mathieu Rodrigues et Charles-Antoine Brézac) qui jouaient là, ils cherchaient un joueur un peu sympa, à la base ils savaient qu’on était pas forcément très très fort, puis Mathieu il a pensé à moi, comme j’avais pas de club j’ai dit avec plaisir, puis il faut le dire ça fait quand même de l’argent. Avec tout le monde là-bas ça c’est vraiment bien passé. J’ai eu une seule défaite en simple, 7/6 au 3ème en plus. Je pense que j’ai presque gagné aussi tous mes doubles. Ça fait deux ans que je joue vraiment bien. J’ai eu des contacts avec d’autres équipes, mais je serai encore Breton cette année (rires).

Le circuit challenger

Quand on joue bien, quand on gagne des matchs, forcément l’argent rentre, par contre en 6 mois quand on gagne pas beaucoup de matchs…quand on va en Italie et qu’on reste 2 jours, le billet d’avion il faut le payer. Et puis moi j’ai un coach donc ça fait des frais en plus. En plus quand on a pas de confiance, l’argent diminue, ça nous tire vers le bas encore plus…. Mais bon c’est quand même une vie assez cool, pour celui qui aime bien voyager. Là ça fait 4/5 ans que je suis sur le circuit donc je commence à avoir pas mal de copains, on retombe toujours sur quelqu’un qu’on a pas vu depuis un petit temps, c’est chouette.

« L’US Open, c’est quand même gigantesque comme tournoi »

Son meilleur souvenir en carrière

Quand je me suis qualifié pour la première fois en Grand Chelem, je l’oublierai pas c’est sûr. J’avais déjà fait un Grand Chelem mais j’avais pas joué terrible, je me mettais trop de pression. Quand on fait l’US Open, c’est quand même gigantesque comme tournoi. Pour l’instant je pense pas que ça peut être dépassé par quelque chose d’autre, même si je gagne un challenger…à part si je fais 3ème tour ! En tout cas ça restera un souvenir incroyable.

Ses objectifs

J’ai encore pas mal de points à défendre parce que j’avais bien joué en fin d’année passée. Là je suis sorti des 200, mon objectif c’est Top 100, mais la fin d’année va être dure. Pour le moment c’est juste prendre le plus de points que je peux.

Les jeunes belges

On a plein de joueurs qui jouent vraiment très très bien, je m’entraine avec pas mal de jeunes, même s’ils sont pas encore très bien classés, je pense que ça va arriver assez rapidement. J’espère pour eux qu’ils vont monter vite. Ceux de devant, avec l’âge, Olivier Rochus par exemple qui joue surtout avec son physique, ça devient dur, ils commencent à descendre un peu, donc pour la Belgique ça serait pas mal que les petits, ou même moi, prennent la relève. Je pense que ça va aller.

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Niels Desein

Son match

Au début je trouvais que Maxime servait mieux que moi, et puis moi je faisais quelques fautes, j’étais un peu stressé. Puis je sauve les balles de break à 3/3 15/40, je gagne le jeu et après c’était différent, je trouvais que je commençais à mieux servir… A la fin du match, j’étais un peu tendu à partir de 5/2…je joue pas très bien sur la balle de match, et après je commence à être très tendu, à 5/3 je joue presque pas le jeu. A 5/4 je fais deux/trois bons services. En général dans le match mon service à fait la différence.

La différence entre les Futures et les challengers

Y a un truc dans ma tête, je pense que c’est juste plus dur, le niveau est plus haut aussi, mais de temps en temps je joue des mecs qui ont déjà gagné des challengers et pas moi. J’ai fait une 1/2 en challenger en 2008 [en fait en 2007 à Cuenca, Equateur] y a très longtemps et après j’ai plus fait…j’avais un objectif au début de l’année c’était de me qualifier pour un ATP, c’est fait ; refaire une 1/2 de challenger, c’est fait. Maintenant je vais essayer d’aller plus loin en challengers, mais les challengers sont tellement forts maintenant, c’est pas facile. Extérieur sur terre et indoor sont mes meilleures surfaces. L’extérieur sur dur c’est plus difficile pour moi.

« Si tu arrives pas à être dans les 100, c’est pas facile financièrement »

Ses objectifs

Je vais essayer de mieux jouer sur les Grand Chelem, j’ai jamais fait un bon match en Grand Chelem…à Wimbledon j’ai pas fait un mauvais match mais je me blesse un peu et j’arrive pas à gagner ; à l’US Open, j’ai deux balles de match et je gagne pas… Dans ma tête je suis plus stressé et j’arrive pas à jouer à mon meilleur niveau à ce moment-là. Pour l’année prochaine on va essayer de faire ça, je vais avoir 27 ans on va essayer de monter. C’est l’objectif de tous les joueurs de faire des Grand Prix, pas de jouer des Futures…même si de temps en temps c’est bien. Par exemple là je gagne 35 points alors que la semaine dernière en battant des meilleurs joueurs je gagne que 33 points. Donc t’as plus d’argent mais de temps en temps c’est mieux de faire des 15+H [15.000$ + hébergement].

La vie sur le circuit challenger

C’est pas facile de jouer des Futures et des Challengers si tu es entre 150 et 250, pour moi c’est pas facile du tout, mais bon y a pas d’autres choix…si tu arrives pas à être dans les 100 c’est pas facile financièrement. Tu voyages beaucoup tout seul, t’as pas des hôtels incroyables, mais bon si tu fais des bons choix de tournoi, ça va, ici c’est à 3h de chez moi donc ça va encore, pour moi ça coûte presque rien.

Actuellement, j’ai plus de coach depuis l’été, et je pense que ça va rester comme ça. J’essaie de m’entrainer avec d’autres joueurs quand je suis à la maison, ou tout seul. Je me sens ok avec ça. Si je monte dans le « ranking », je financerai peut-être un coach.

« Au Sénégal, les gens sont beaucoup plus tranquilles qu’en Europe »

Sa fin de saison

Mon objectif c’était top 200, là je vais être 210 avec la victoire ici. J’ai juste 8 points à défendre jusqu’à la fin de saison…maintenant je vais jouer plus de challengers donc ça va être plus difficile aussi de prendre des points. Je joue pas Mons, j’ai pas de très bonnes relations avec la Fédé et j’aime pas trop le tournoi. Je vais juste aller deux semaines en Afrique pour un peu de vacances mais jouer aussi un peu parce que j’aime beaucoup les tournois là-bas. J’adore le Sénégal, il y a encore 2 Futures en fin d’année, donc je vais y aller, mais pas forcément pour prendre des points…pour moi c’est incroyable, les gens sont beaucoup plus gentils, plus tranquilles qu’en Europe.

Kimmer Coppejans et les jeunes belges

Les jeunes belges sont bien montés cette année. J’ai joué Kimmer cet été, il est de la même ville où j’habite actuellement. C’était la première année pour lui, il avait rien à défendre, l’année prochaine ça va être plus dur. Mais il a fait une année incroyable, je suis très content pour lui, c’est un jeune très sympa qui veut vraiment travailler donc c’est très bien.

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Une déco originale

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3 réponses à Un dimanche de Futures ? Avec Plaisir !

  1. Merci pour le résumé ! Toujours aussi intéressant d’avoir notamment l’avis de ces joueurs du circuit secondaire.

  2. Toujours très sympa à lire, merci !

  3. Pingback: Une finale de Futures : Toulouse - Double Faute

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