Un week-end en Belgique : Ostende by me

Paris, début août. Il fait chaud, très chaud. Trop chaud pour écrire un quelconque article, qui se fait attendre depuis la fin de Wimbledon (non, vous comptez mal, cela ne fait pas un mois). Le comité de rédaction de Double Faute, composé de deux personnes, se réunit en urgence pour discuter de la situation.

– Bon, faudrait vraiment écrire un truc là…ça fait presque un mois qu’on n’a rien publié.

– Ouais mais y a pas vraiment grand chose à dire. En plus nos 23 lecteurs sont tous partis en vacances. C’est quoi l’actu principale ?

– Djokovic qui explique qu’il faut manger des avocats et boire de l’eau chaude pour devenir n°1 mondial.

– Je peux prendre une bière dans ton frigo ? Pardon, tu disais quoi ?

– Rien d’important…bon, et si on allait se rafraîchir à la plage ce week-end ? La Belgique c’est pas loin… en plus, y a un Futures à Ostende, en mer du Nord.

– Ça marche, faudra juste éviter La Panne…

– Ni se retrouver à l’Anvers d’ailleurs.

Direction la Flandre donc, une des trois régions du royaume de Belgique, avec la Wallonie et Bruxelles. 3 heures de trajet et nous voilà arrivés en province de Flandre-Occidentale, où, ne prenons pas de Gand, on parle beaucoup néerlandais et un (petit) peu français.

Photo arrêt au stand

Arrêt Ostende

Le tournoi d’Ostende est une des 7 étapes du « Rising Stars Tennis Tour », un circuit organisé sur 2 mois par une célèbre banque française, destiné à « aider les jeunes joueurs belges talentueux à devenir joueurs de tennis professionnels ». Pour cela, plusieurs « Futures » sont organisés à travers le pays : ce sont des tournois qu’on pourrait comparer à la troisième division du circuit professionnel mondial. Arpentés par des jeunes en devenir ou des vieux routiers qui n’ont jamais pu percer sur le grand circuit,  il s’en déroule une dizaine par semaine sur les 5 continents.

Dotés de 10.000$ à 15.000$, les Futures ne fournissent pas forcément l’hébergement aux joueurs : par exemple pour Ostende, il est indiqué sur la fiche de l’ITF – l’International Tennis Federation, qui régit le circuit Futures mais aussi les 4 tournois du Grand Chelem – que « le tournoi se déroule à la période la plus chargée de l’été », et qu’il faut donc que les joueurs « réservent leur hôtel bien à l’avance ». Avec en prime un conseil malin pour les jeunes joueurs: « If you are younger than 26 and you travel by train, ask for a GO Pass, it’s cheaper ! ». On ne peut que confirmer, puisque nous avons failli passer la nuit dans la voiture…

De plus, la participation au tournoi n’est pas gratuite : 40$. Quand on voit que l’hôtel conseillé par l’ITF est à 80$, on comprend rapidement que la plupart des joueurs galèrent à cet échelon du tennis mondial. En effet, la défaite au premier tour rapporte environ 120$, de quoi rembourser à peine les frais sans le transport, la nourriture…Et pour la majorité, il est donc impossible de s’adjoindre les services (coûteux) d’un coach ou d’un kiné.

Au-delà de cet aspect « amateur », la case Futures est un passage obligé pour tous les joueurs : le 7 janvier 2003, le jeune Novak Djokovic débutait sa carrière professionnelle par une défaite en 2 sets au 1er tour du Futures de Munich-Oberschleibheim (!) contre le célèbre teuton Alex Radulescu.

Ostende tirs

Ostende tirs

Pour ce tournoi d’Ostende, on retrouve 2 belges en finale :

Yannick Mertens, 26 ans, 330ème mondial, et déjà vainqueur de 11 Futures en carrière. Il a atteint son meilleur classement fin 2012 (195ème) avec de bonnes performances en Challengers, mais son année 2013 est jusque là difficile. Les dernières semaines sont néanmoins encourageantes, avec un titre au Futures de Trier, et une victoire contre Andrej Martin (128ème ATP) au Challenger d’Orbetello.

Kimmer Coppejans, 19 ans, 414ème mondial. C’est une des « Rising Stars », et pour cause : il a remporté Roland Garros juniors l’an dernier (cela faisait 65 ans qu’un belge n’avait pas été sacré porte d’Auteuil), et a atteint la 1ère place du classement juniors. C’est sa première saison en pro, et depuis fin Juin c’est la grande forme : 3 titres en 4 Futures disputés.

Arrivés au Tennis-Club d’Ostende, nous retrouvons Aurélie, notre correspondante belge : l’équipe de Double Faute est au grand complet, prête à concurrencer les grands reporters de l’Equipe Mag’. L’ambiance avant cette finale est bon enfant : il fait un beau soleil, l’entrée est gratuite, et le public (familial) est venu encourager de manière Ostendatoire Coppejans, né à… Ostende.

Première surprise au moment où nous prenons place, une bière à la main, dans les tribunes : il n’y a pas de juges de lignes, ce qui implique des annonces tardives, voire oubliées. Mais à la place, le budget est parti dans un DJ, qui officie avant le match et à chaque changement de côté. Une playlist éclectique, de Daft Punk à Ray Charles, en passant par Eurythmics et Depeche Mode (c’était le point Hit Machine de l’article). Le match démarre, rythmé par les bruits extérieurs : mouettes, sirènes de police, clochers d’église, boules de pétanques…

Faites coucou à Médor, la mascotte du tournoi

Faites coucou à Médor, la mascotte du tournoi

Le premier set est de (très) bonne facture, avec quelques points spectaculaires. Mertens joue de manière relâchée, presque nonchalante. Il se montre plus offensif que Coppejans, plus à son avantage lorsque l’échange dure. Gênés par le vent, les deux joueurs commettent quelques doubles fautes (une dédicace ?) et s’échangent les breaks à 3/3. A mesure qu’approche la fin de set, Coppejans serre le jeu alors que Mertens se tend. Il sauve néanmoins 5 balles de set (une à *4/5 et quatre à *5/6), puis une sixième dans le jeu décisif. Et remporte le tie-break 8 points à 6, ce qui provoque un cri de dépit chez Coppejans, pendant qu’au même moment, Mertens pousse un « Come on ! » rageur.
Après cette première manche à rebondissements, les joueurs baissent de rythme au début du second set. Les fautes grossières s’enchainent des deux côtés, et l’intérêt du match n’est plus le même. Mertens se montre le plus irrégulier et perd rapidement le second set 1/6.

L’issue du match se décide au début du troisième set. Les deux belges se sont reconcentrés, et la rencontre redevient plaisante. Au 4ème jeu, Coppejans se procure une balle de break, sauvée par un coup gagnant de Mertens. Mais Coppejans, sûr de lui, fait descendre l’arbitre de chaise pour vérifier la validité de la balle : elle est en réalité dans le couloir. Plus frais, plus régulier, et porté par son public, Coppejans déroule et l’emporte finalement 6/7 6/1 6/2.

trophées

Des ramasseurs de balle, mais pas de juge de ligne.

Après la cérémonie, les deux finalistes répondent gentiment à nos questions.

Yannick Mertens

Son match et sa saison

Je fais un bon premier set, ça a duré longtemps, et je sais pas ce qui s’est passé mais je pense que physiquement j’ai un peu lâché, le premier set était vraiment dur, j’ai sauvé 5/6 balles de set. Mentalement et physiquement  c’était long, au début du deuxième je sentais qu’on était tous les deux un peu moins bien, puis je fais… un jeu de merde quoi (rires), et après ça, ça n’allait plus trop. Lui jouait bien, il ne faisait rien de spécial, il ne faisait pas de fautes alors que moi je commençais à faire beaucoup trop d’erreurs et j’espérais que ça irait mieux au troisième set.

Au troisième, la balle litigieuse sur la balle de break est annoncée un peu tard, mais ne m’a pas déconcentré. Il me breake, et après c’était un peu fini. C’est comme ça, voilà…

Je suis content de mon niveau de jeu quand même, sauf sur les deux derniers sets, je sens que je rejoue mieux alors que je n’avais pas encore bien joué cette année, ça a duré six mois quand même donc j’étais un peu inquiet de ne pas retrouver mon niveau. Ces dernières semaines, ça va mieux, j’ai gagné des bons matchs, en plus hier j’ai très bien joué contre Niels [Desein] pendant 2h et demie. Peut-être qu’avec le long premier set ça a joué aussi aujourd’hui…

Fin 2012, j’avais un petit problème à la hanche, j’avais décidé de me reposer parce que ça durait depuis Wimbledon en juin. Je ne suis pas allé en Australie, j’ai commencé un peu plus tard la saison en jouant des petits tournois pour faire des matchs… J’ai raté mon début de saison, et une fois que tu commences à perdre des matchs que tu dois gagner ça devient difficile mentalement. J’espère que ça va aller mieux maintenant.

Ses coachs, anciens et actuels

Avec Vliegen ça n’a pas duré longtemps, il a tout arrêté à un moment donné, il en avait marre du tennis. C’était sa décision, rien à voir avec moi, mais maintenant il travaille à nouveau dans une structure à Bruxelles. Avec Christophe (Rochus), on a discuté et on a décidé de ne plus travailler ensemble. Aujourd’hui, mon père me coache mais il ne peut pas tout le temps voyager avec moi, il a sa propre école de tennis donc c’est pas toujours évident.

Financièrement, je n’ai aucune aide de la fédération, seulement la famille, pour le reste je n’ai pas de sponsor, mais j’essaye de faire des matchs par équipe à l’étranger comme à Lille, en Allemagne, en Belgique.

Avec ce début de saison pas terrible, j’espère être dans les 250 à la fin de l’année, si je continue à jouer comme cela, j’espère faire une bonne fin de saison, je n’ai pas trop de points à défendre.

Son meilleur souvenir en carrière

Les qualifs de Grand Chelem, c’est toujours un truc un peu spécial, c’est vrai qu’au Grand Prix de Marseille j’ai fait deuxième tour, c’était en 2010, ça reste mon meilleur résultat, j’avais battu un top 100, c’était une bonne expérience parce que j’ai joué sur le Central avec le public et tout, c’était bien. L’année passée j’ai perdu deux fois au dernier tour des qualifs de Grand Chelem, c’est dommage, mais j’espère qu’à l’avenir il y aura d’autres occasions.

L’interview en version originale peut être écoutée juste là :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Kimmer Coppejans

Son match et ses dernières semaines

C’est mon troisième tournoi remporté d’affilée, à domicile en plus, c’est ici que j’ai commencé à jouer au tennis, il y avait plein de gens qui sont venus aujourd’hui, ça me fait aussi très plaisir de gagner pour eux. Six balles de set ratées dans le premier set, j’étais vraiment frustré… Mais après il faut continuer, et Mertens a craqué mentalement, physiquement peut-être.

Dans les 3/4 dernières semaines, j’ai remporté tous mes troisièmes sets, je suis bien physiquement. Là je vais prendre une semaine de repos, je reste à la maison un peu, après je ferai Koksijde et Jupille-sur-Meuse et je passerai sur des Challengers. Je pense que c’est le moment de passer au niveau au-dessus. A Mons peut-être, on a demandé une wild card.

Je n’ai pas vraiment de surface favorite, l’an passé j’ai gagné un tournoi sur herbe après Roland-Garros, il y a deux semaines, j’ai gagné un tournoi sur dur, donc non pas de préférence.

Jusqu’à il y a trois ans, le vainqueur de Roland-Garros junior était automatiquement invité aux qualifications. Ils le font encore souvent, mais ils en ont décidé autrement pour moi cette année.

L’environnement (sonore) du match

Ça va, quand on est sur le terrain, il faut être concentré, si tu commences à faire attention aux sons autour… non je n’ai pas entendu ce que passait le DJ pendant les changements de côté non plus (rires).

Ses objectifs à moyen terme et ses jeunes compatriotes

L’objectif cette année est d’être Top 400, pour l’an prochain disons Top 200, ça dépend où je finis l’année, on verra.

C’est très bien d’être plusieurs jeunes Belges à pousser [Cagnina et De Loore notamment], pour eux aussi c’est bien que je fasse de bons résultats, cela crée une émulation.

La bande son de l’interview, avec un (faible) échantillon de ce qu’ont subi les joueurs pendant le match :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

L'après-midi touche à sa fin, il est temps d'aller reprendre une bière écrire notre compte-rendu.

L’après-midi touche à sa fin, il est temps d’aller reprendre une bière écrire notre compte-rendu.

Pour en savoir plus sur le « Rising Stars » tour : www.risingstars.be

La galerie photo de la finale :

Toutes nos excuses aux habitants d’Ostende pour les jeux de mots malheureux qui émaillent cet article, nous savons que nous ne sommes pas faits pour l’Ostende up.

Share Button

3 réponses à Un week-end en Belgique : Ostende by me

  1. Pingback: Un dimanche de Futures ? Avec Plaisir ! - Double faute

  2. Pingback: Futures Toulouse - Double Faute

  3. Pingback: 5 questions sur les qualifs hommes de Roland Garros 2015 | Double Faute

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *